La peinture traditionnelle haïtienne entre l'espoir de survivre et le trépas

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Par Noada Batista Aimé

Au bon vieux temps, la peinture constituait l'une des principales sources de revenus pour les peintres haïtiens. Son emprise  sur l'émotion et l'imaginaire des haïtiens fut d'une profondeur inouïe. Dans le temps, la peinture traditionnelle, en raison de  l'inexpérience des peintres soulevait la perception d'un art naïf, original et orné de mille couleurs toujours prêts à apprivoiser les limites de l'imaginaire dans un subtil et virtuose élan équilibriste.

Au champ de mars, à Bourdon, à Pétion-ville des endroits très  fréquentés par les touristes dans le passé, les tableaux sont étalés sur le Trottoir mais ne semblent pas attirer l'attention des citoyens.  Ces points de vente des oeuvre d'art n'attirent plus la foule.

" Personnellement je ne suis pas peintre, mais j'achète les tableaux pour les revendre à des prix considérables a fait savoir Edouard. Un tableau ordinaire peut coûter entre 1500 à 5000 gourdes. Les haïtiens en achètent rarement à ce prix souligne t-il. Les peintres et revendeurs ne doivent leur existence qu'à la visite des touristes confie Edouard vendeur de tableau à proximité d'un hôtel de luxe de la Capitale.

Si la peinture traditionnelle a connu ses moments époustouflants dans le passé, le présent est pour elle un mal familier qui laisse échapper les fines particules d'un passé refuge.  On ne retrouve plus cet intérêt chez les gens pour des œuvres d'art. L'Etat ne se soucie plus de l'avenir de cette activité. ''Triste réalité,  la population supprime les loisirs au dépend de la misère et, c'est là que se joue la survie de la peinture  qui n'est plus qu'une espérance délétère" regrette  Patrice, peintre et vendeur au champ de mars.

"L'originalité de la peinture traditionnelle haïtienne découle, dans le lit de la religion vaudou, de l’acharnement éperdu des esclaves à survivre à leur enlèvement  à l’Afrique et à  perpétuer les modes de vie, les croyances et les codes d’expression et de représentation des sociétés dont ils étaient à jamais coupés" a expliqué Jean Claude Garoute en 1995, lors d'une conférence donnée à Bruxelles sur la singularité de la peinture haïtienne.

  Son apogée fut marqué par les créations  des peintres de diverses centres d'art tels : Portalis de Leogane, le peintre du panthéon vaudou: André Pierre, Denis Smith de Saint soleil . En ce temps là, la peinture traditionnelle était fortement sollicitée à travers le monde. Les étrangers s'inspiraient de la métaphysique pour peindre et nos peintres traditionnels trouvaient leur principale ressource dans la réalité paysanne, les blessures de l'esclavage, ou les monuments historiques.

Au fil des années, l'importance accordée à la peinture traditionnelle a considérablement diminué. De nos jours, cette forme de peinture est beaucoup plus pratiquée par des peintres de rues, des artistes spontanés qui en font leur principale source de revenu. 

Noada Batista Aimé

 

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