Haïti-Littérature : Wilson Laleau, l’histoire m’absoudra

Littérature & Poésie
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«HAITI, PETRO-CARIBE ET SES DERAISONS», tel est la titre du récent ouvrage publié par le Professeur Wilson LALEAU, ancien Vice-Recteur aux Affaires Académiques de l’Université d’État d’Haïti, ancien Ministre du Commerce et de l’Industrie, ancien Ministre de l’Économie et des Finances,  ancien Chef de Cabinet Présidentiel. Ce titre, doublé du sous-titre «Manifeste pour une éthique de responsabilité», est évocateur, capable de réveiller de leur sommeil dogmatique les consciences les plus conformistes et même  les  plus ingénus.

 

Évidemment, c’est l’auto-défense d’un Haut-Fonctionnaire, calomnieusement impliqué dans la dilapidation des «Fonds Petro Caribe». L’accusé s’est bien défendu. En concluant la Première Partie, il pourrait dire, à l’instar de Fidel CATRO, «l’histoire  m’absoudra».

 

 

Cependant, l’importance et la valeur de l’ouvrage ne résident pas dans cette auto-défense qui pourrait être classée dans le Droit sacramentel. Il faut lire attentivement cet ouvrage pour découvrir les vérités et les connaissances qui y sont enfouies. En fin de lecture, on se rendra compte de la profondeur de l’analyse faite de la mauvaise gouvernance, la pierre d’achoppement paralysant le développent d’Haïti; on y  découvrira aussi le système traditionnel d’exploitation, établi au grand profit de la minorité et au mépris flagrant du bien-être de la grande collectivité.

 

 

La DEUXIEME PARTIE de l’ouvrage,  groupant les trois(3) principaux chapitres, est d’une extrême importance pour comprendre le «Métier de Ministre en Haïti » et les grandes réformes à entreprendre pour mettre ce pays sur les rails du développement durable. Au tout début du chapitre 3, l’auteur identifie l’animal par son nom en trouvant justement « le mot pour dire le mal : la prédation». Ce petit titre et le cadre conceptuel qui l’explique sont encore plus captivants que le grand titre. La définition est claire :

 

« Le langage courant définit la prédation comme un acte par lequel, dans une relation entre deux individus, le prédateur (le plus fort) capture la proie (le plus faible) pour ses besoins propres, comme se nourrir par exemple, il  est vrai de la réalité des plantes et des animaux comme de celle des humains» (référence, 81).

 

La comparaison faite entre « prédation » et « rente » dit clairement l’insignifiance productrice de cette minorité qui traient d’énormes plus-values non de l’investissement fait de ses capitaux mais du profit colossal tiré du monopole commercial, de la contrebande, de la franchise, de la subvention ou tout bonnement de l’usure-fruit (rente) des biens publics ou privés de l’État, accaparés par le truchement de la politique.

 

« À ce compte », écrit l’auteur (référence, 82), «les groupes d’intérêt bénéficiaires utilisent le pouvoir de l’État pour satisfaire leurs intérêts personnels et, en fonction des rapports de force, ils peuvent faire pression pour demander et obtenir plus de l’État. La distribution de ces droits n’est pas basée sur un critère de justice procédurale (respect des droits justes) ou d’efficacité mais sur une décision politique qui peut être  démocratique ou dictatoriale. »

 

Parlant de la politique pratiquée en Haïti, la bamboche démocratique, apparue au lendemain du 7 février 1986, a engendré de nouveaux prédateurs-rentiers, des prédateurs de cerveaux d’autrui, des abuseurs de compétence des autres, qui cherchent à prendre ou maintenir le pouvoir non pour le bien-être de la collectivité, mais pour s’enrichir par l’intermédiaire des ministres ou des directeurs généraux placés au timon de l’État. Au cours des trois dernières décennies (1986-2020), le népotisme traditionnelle se généralise dans l’administration publique et se paie en prostitution, en corruption et en courtage. Dans la formation des gouvernements de consensus ou d’unité nationale, les chefs de parti politique ne proposent pas des compétences qui feraient honneur de l’organisation, mais des médiocres qui leur apportent régulièrement des « cash » détournés des fonds d’investissement. Ceux de «Petro Caribe» n’en furent pas exempts (référence, 88). Les partis politiques, qui bourgeonnent sur le corps  social haïtien comme des plantes parasitaires sur du fumier en décomposition, se révèlent de véritables boutiques de prédation et de rente. Et l’auteur l’entend très bien quand il écrit (référence, 84) :

 

«Quand la rente s’apparente à une situation de prédation gagnée grâce à la corruption, où des politiques clientélistes distribuent avantages et privilèges aux groupes bruyants qui menacent le pouvoir publique, quand l’action des pouvoirs publics devient un moyen pour des individus, constitués en groupes de pressions, de modifier la répartition du surplus collectif à leur avantage, l’intérêt de la collectivité s’efface devant les intérêts de ces groupes économiques puissants ou de ceux qui les représentent et la stabilité politique n’est qu’un leurre.»

 

Dans un petit commentaire fait d’un ouvrage de 249 pages, il est impossible de tout dire. D’ailleurs, l’objectif n’est pas de faire obstruction à l’auteur, mais de motiver le public intellectuel qui doit bien se renseigner pour mieux comprendre la mouvance socio-politique  actuel d’Haïti.

 

Dr. Jean  Maxius  BERNARD (PHD)

Anthropologue, Diplomate

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