Haïti-Cinéma : 117 ans de cinéma en Haïti ! (Interview)

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Le 14 décembre 1899, Joseph Filippi, un représentant des frères Lumière, a fait une première projection cinématographique au Petit séminaire du Collège Saint-Martial. Le jour d’après, il a filmé un incendie à Port-au-Prince. Le 14 décembre 2016 a marqué les 117 ans du cinéma dans le pays, Haïti Press Network a rencontré Hans Patrick Domerçant, président de la Motion Picture Association of Haïti (MPAH), l’une des personnes le mieux placé pour faire une lecture sur les 117 ans de cinéma dans le pays, mais aussi les problèmes que confrontent ce secteur et l’avenir du 7è Art en Haïti.

 

Haïti Press Network.- Le 14 décembre dernier a marqué les 117 ans du cinéma en Haïti, quelle lecture faites-vous du parcours du cinéma dans le pays ?

Hans Patrick Domerçant – Avant de répondre, laissez-moi remercier HPN qui me donne l’opportunité  de parler du cinéma haïtien mais aussi de commémorer les 117 ans du septième Art dans le pays. Au début, tout avait bien commencé pour le cinéma haïtien. Des gens formés ont pris part dans le domaine, comme Ricardo Widmaer, Arnold Antonin, Richard Senecal, Raphael Stines, Bob Lemoine, pour ne citer que ceux-là, mais avec l’avancement technologique, c’est devenu plus facile pour produire des films, ce qui a aussi occasionné la propagation de plusieurs films médiocres sur le marché. Comme tout le monde le sait, le piratage est venu empirer le problème, le tremblement de terre a aussi secoué le cinéma haïtien, et depuis lors le cinéma haïtien est en baisse.

Il faut aussi dire que tout le long ca marchait bien pour le cinéma haïtien, il n’y avait pas une institution pour structurer le domaine, honorer les cinéastes et aider à protéger les œuvres cinématographiques. Ca a été un marché libre, tout le monde pouvait faire n’importe quoi, ce qui a rendu plus faible le cinéma.

 

Haïti Press Network.- Comment se présente la situation du cinéma haïtien de nos jours ?

Hans Patrick Domerçant.- Tout d’abord, je veux faire la différence entre le cinéma [l’art] et les salles de cinéma. En dépit qu’il n’y a plus de salles de cinéma, le cinéma haïtien existe toujours. On produit toujours les films, que ce soit dans le pays ou dans la diaspora. Le cinéma haïtien n’est pas mort, comme le prétend plus d’un, en dépit du manque de salles de cinéma en Haïti. En produisant un film, ca peut être distribué non seulement dans les quelques rares salles de cinéma dans le pays, mais aussi en DVD et en streaming online.

Pour parler de la situation du cinéma haïtien de nos jours, j’ajouterai que le cinéma haïtien est en pleine renaissance et est devenu très prometteur avec l’implication des jeunes professionnels dans le métier.

 

Haïti Press Network.- Quelle différence faites-vous entre le cinéma produit par la diaspora et le cinéma fait en Haïti ?

Hans Patrick Domerçant.- Sans évoquer l’époque de la dictature, où la diaspora faisait un cinéma de dénonciation, je dirai que la vraie différence entre les films réalisés en Haïti et ceux de la diaspora se réside dans le décor. L’histoire est toujours haïtienne, parce que la mentalité des protagonistes reste et demeure haïtienne à mon avis. Il fut un temps plusieurs films médiocres sortaient de la diaspora, ce qui avait beaucoup affecté l’émancipation positive du cinéma haïtien. Mais de nos jours, des professionnels issus d’écoles de cinéma produisent des films de qualité et recommencent à rehausser le cinéma haïtien que ce soit en Haïti ou dans la diaspora.

 

Haïti Press Network.- Tout comme pour d’autres types d’art tels la musique ou l’artisanat, comment développer un partenariat Etat-Secteur privé pour faire grandir le cinéma haïtien ?

Hans Patrick Domerçant.- Permets-moi d’abord de me pencher sur l’importance de la création d’une « commission du film » en Haïti qui est un outil de développement économique assurant la promotion du pays auprès des productions cinématographiques et audiovisuelles, qui recherchent des lieux et des moyens de tournage, et leur proposent une assistance technique. Selon moi, la beauté du pays pourrait attirer les producteurs  étrangers si on dispose d’une « commission du film ». De telles actions aideraient le secteur privé et l’Etat quand les producteurs étrangers viennent tourner des films dans le pays. Imaginons les rentrées économiques de l’Etat l’haïtien et du secteur privé via cette commission du film pour représenter le pays et attirer les producteurs vers Haïti via les festivals et les marchés du film à l’étranger. J’encourage les autorités de l’Etat ainsi que le secteur privé à se pencher sur la création d’une telle commission.

 

Haïti Press Network.- Comment exporter le cinéma haïtien dans les autres pays ?

Hans Patrick Domerçant.- Comme je viens de le dire, exporter le cinéma haïtien pourra se faire à travers cette « commission du film » qui se chargera de vendre les productions haïtiennes dans les pays étrangers. Une autre façon est à travers des événements de la diaspora, comme par exemple notre traditionnelle Haïti Movie Awards qui fait une connexion  avec les cinéastes étrangers. A chaque année, on récompense plusieurs vedettes dans le domaine du cinéma, que ce soit des haïtiens-nés ou haïtiens d’origine comme Jimmy Jean-Louis, Garcelle Beauvais, Vicky Jeudy, Benz Antoine ou des américains qui ont aidé Haïti comme Paul Walker. Mais aussi, on essaie de mettre en avant les cinéastes haïtiens, les ténors et les jeunes. C’est pourquoi des personnalités comme Reginald Lubin, Smoye Noisy, Jean Gardy Bien-Aimé, Mora Etienne Junior, Samuel Vincent, Perri Pierre, Arnold Antonin pour ne citer que ceux-là, ont pris part à cet événement pour vendre le cinéma haïtien à sa diaspora et les étrangers ici à Boston (Massachussetts, Etats-Unis).

On peut aussi exploiter les plateformes de streaming online comme Netflix, Hulu, Amazon Prime, InternationalFlix ; et surtout participer dans les marchés du film un peu partout.

 

Haïti Press Network.- Quel avenir pour le cinéma haïtien ?

Hans Patrick Domerçant.- Après autant d’années à faire du cinéma, on aurait dû aller plus loin. Je pense que Haïti aurait pu mieux profiter de sa vaste culture pour avoir de très bonnes retombées économiques de la même façon qu’un pays comme le Nigeria, dont le cinéma est sa 3ème force économique. Malgré nos retards, nous sommes optimistes surtout avec les jeunes formés qui font leurs entrées dans le domaine. Nous avons besoin du support du secteur privé dans les productions des films et la création des salles de ciné dans les différents départements du pays. Et aussi un bureau des droits d’auteur plus drastique. Les cinéastes ont besoin de protection. Le bureau des droits d’auteurs doit prendre des engagements et renforcer les lois sur l’audio-visuel. A mon avis, l’Etat devrait même créer une police spéciale pour soutenir les lois sur les droits d’auteur. Parce que, comme je le dis toujours, la meilleure façon pour changer [positivement] la mentalité d’un peuple, c’est de le faire par l’audio-visuel.

 

A voir ci-dessous un reportage-Video sur l’Histoire du cinéma Haïtien :

 

 

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