"Le premier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la Mission des Nations Unies pour l'appui a la justice en Haiti  (MINUJUSTH)  a fait l'objet  de débats au Conseil de sécurité  ce  mardi  03  avril  2018.  Le Représentant Permanent d'Haiti aupres de l'Organisation,  l'Ambassadeur Denis  REGIS,  a fait valoir  a cette séance les vues et les observations du Gouvernement de la République d'Haiti  sur ce rapport  et,  plus largement,  sur la relation  Haiti-ONU.  HPN  publie dans son intégralité  l'intervention du diplomate haitien".

Allocution de Son Excellence Monsieur Denis RÉGIS Ambassadeur, Représentant Permanent de la République d’Haïti au Conseil de sécurité des Nations Unies à la 8220e séance du Conseil sur le Rapport S/2018/241 du Secrétaire général concernant la MINUJUSTH

New York, le 3 avril 2018


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Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général-Adjoint, 
Excellences,
Mesdames,  Messieurs


          1.   Je voudrais,  tout d'abord,  remercier le Président du Conseil de sécurité  des Nations Unies  d'avoir  invité  le Gouvernement de la République d'Haïti  à faire valoir ses vues et observations  sur le premier Rapport,  S/2018/241,  du 20 mars 2018  du Secrétaire général  concernant la MINUJUSTH.


Monsieur le Président,

          2.   Le 15 octobre dernier,  une page était tournée.  Après avoir dressé le bilan de ses  treize années de présence en Haïti  -  avec  ses  réussites  mais  aussi  avec ses zones d'ombres  -,  le Conseil de sécurité  décidait de mettre fin au mandat de la MINUSTAH  à  la  lumière  des  "avancées majeures"  enregistrées  au  regard  du  triptyque  "Sécurité  et  stabilité,  édification de l'État de droit  et promotion des droits de l'homme".  En  fait,  la création de la Mission  des Nations Unies pour l'appui à la justice  (MINUJUSTH)  consacrait une situation qui ne correspondait  ni de près  ni de loin  à celle de 2004,  laquelle  avait  été  assimilée  par le Conseil  à une  "menace contre la paix internationale dans la région".  Aujourd'hui,  un nouvel ordre de choses a émergé en Haïti.

       3.   Le  Gouvernement  haïtien   se  réjouit  que  le  Secrétaire  général  ait  souligné  l'évolution  positive  de  la  situation  du  pays  depuis  les  quatorze  derniers  mois,  en mettant  très  justement  en  relief   les   "progrès accomplis par le Président  Jouvenel  Moise  dans la mise en œuvre de son programme de réformes  visant à promouvoir le développement durable"  (paragraphe 2).

          4.   En effet,  Haïti est aujourd'hui en paix.  Dans le sillage des élections démocratiques de 2017,  la stabilité institutionnelle  et l'autorité de l'État ont été restaurées ;  les acquis démocratiques sont consolidés ;  les institutions  prévues par la Constitution  fonctionnent régulièrement.   Dans le cas du Conseil électoral permanent,  le processus avance ;  les droits  de la personne sont respectés et garantis.  C'est la nouvelle réalité  d'un pays qui est certes confronté à des défis de grande ampleur,  mais qui jouit d'un environnement sûr et stable  que tout observateur de bonne foi doit évidemment reconnaître.

          5.   Dans ce contexte de stabilité  et de  "certitude politique"  retrouvée,  des résultats significatifs ont déjà été obtenus  dans divers secteurs clés,  qu'il s'agisse de l'amélioration   du climat de sécurité,  des avancées en matière de bonne gouvernance,  du respect de la primauté du droit et de la relance du processus de développement.  Parmi les indicateurs de progrès  mentionnés par le Secrétaire général  dans le Rapport,  il me plait de relever:

         -    la très nette diminution de la criminalité violente  -  qui a chûté  de près de 50%  par rapport à la même période de l'année précédente ;

       -    le renforcement de la lutte contre la corruption dans l'administration,  y  compris dans le cadre du dossier  Petro Caribe,  dont la Cour Supérieure des Comptes  et du Contentieux Administratif  en a été  officiellement saisie  par le Parlement,  conformément à la Constitution, aux fins que de droit  (paragraphe  6) ;

    -   la priorité accordée par le Gouvernement et le Parlement  aux réformes institutionnelles  visant à renforcer l'Etat de droit  et,  notamment,  à moderniser le secteur de la justice,  y  compris le système pénitentiaire.  A cet égard,  l'adoption du nouveau  Code pénal  ainsi que du nouveau Code de procédure criminelle  figure en bonne place  sur la liste des priorités de l'agenda législatif ;

      -    la mise en place en cours ou le rétablissement d'institutions clés  prévues par la Constitution ;

       -     la nomination,  selon les formes prévues par la Charte fondamentale en vigueur,  d'un Protecteur  de  la  citoyenne  et  du citoyen ;

            -    la professionnalisation accrue et le renforcement des capacités de la Police nationale d'Haïti  (PNH).

      6.   A cela s'ajoute,  au chapitre des réformes structurelles,  l'initiative  des États généraux sectoriels  de la nation lancée par le Chef de l'État,  qui vise à promouvoir un dialogue politique  inclusif  à l'échelle nationale  dans la perspective  du renouvellement nécessaire  du contrat social  et du redressement de l'économie haïtienne,  parallèlement à la stratégie  de la Caravane du Changement  dont les résultats  visent à désenclaver les régions,  à accroître  la participation  des couches rurales de la population  à la transformation de leur destin et de leur avenir, et à favoriser un développement endogène  axé  sur la production nationale.

          7.   Le Gouvernement est conscient du chemin qui reste encore à parcourir.  Il entend poursuivre dans la voie des réformes engagées.  Il a pris note des observations  formulées dans  le  Rapport,  des conclusions et des recommandations émises.  Il est sensible  aux  questions  relatives à l'accès à la justice,  au renforcement du système judiciaire ou au non respect des droits de la personne,  dont  la détention provisoire prolongée  et  la surpopulation carcérale  en sont la déplorable  manifestation.  Des réponses sont en train d'être apportées.  Ces problèmes sont la résultante  de décennies d'abandon,  des handicaps structurels  et des goulots d'étranglement  que les pouvoirs publics s'évertuent  à corriger progressivement,  avec constance et méthode.  Il s'agit,  de toute façon,  d'une œuvre de longue haleine,  qui appelle une action  continue et persévérante  sur la longue durée.  En ce sens,  le Gouvernement de la République d'Haïti croit qu'une mission d'assistance technique au renforcement de la justice  représente,  dès lors,  une alternative plus en phase avec l'évolution de la situation sur le terrain.

          8.   Le Gouvernement a pris note des préoccupations soulevées  en lien avec certains cas isolés  d'abus de droits de l'homme  perpétrés   par des représentants des forces de l'ordre.  L'État de droit ne se divise pas.  Les  deux incidents signalés dans le Rapport  -  à l'instar de tous incidents imputables  à des instances étatiques  -  font  l'objet de la plus sérieuse attention de la part des autorités compétentes.  Les responsabilités une fois établies,  la justice suivra son cours.  En attendant  l'aboutissement du processus judiciaire,  les agents publics concernés  font l'objet des sanctions administratives y afférentes.

          9.   Conformément aux engagements souscrits par la République d'Haïti  dans le cadre des traités internationaux ou régionaux  auxquels elle  est partie,  le Gouvernement  haïtien ne ménage aucun effort pour assurer le plein respect des libertés essentielles  et des droits fondamentaux par toutes les institutions de l'État,  sans exception.  La nomination,  en octobre dernier,   du Protecteur de la citoyenne et du citoyen  participe de cette volonté d'inscrire  dans les faits la promotion,  la protection et la défense des droits de la personne.  Il va de soi que le plan d'action  de cette structure englobe la mise en œuvre  des différentes recommandations formulées  par les organes compétents de l'ONU en la matière,  notamment le Conseil des droits de l'homme.


Monsieur le Président,

         10.   Le Gouvernement se félicite hautement des avancées majeures de ces derniers mois, en  particulier la mise en œuvre d'une disposition légale qui lui fait obligation  de contribuer financièrement à l'institutionnalisation de la vie politique dans le pays  par l'octroi  d'une contribution financière aux partis politiques légalement reconnus  et qui peuvent se prévaloir d'un certain nombre d'élus au Parlement  et   dans les collectivivités  territoriales.   Accueillie  favorablement par les parties prenantes,  cette mesure  à laquelle ont souscrit la majeure partie des formations politiques,  a pour objectif   de  les  doter  des ressources nécessaires  pour leur modernisation.

         11.   Les acquis des derniers mois  en matière de stabilisation  doivent,  bien entendu,  être consolidés dans le cadre d'une coopération  élargie,  plus en phase avec les réalités d'aujourd'hui  et les besoins réels du pays.  A cet égard,  le Gouvernement tient à réitérer  toute l'importance et toute la valeur  qu'il attache  au mandat que le Conseil a confié à  la MINUJUSTH,  à savoir  "aider le Gouvernement haïtien à renforcer les institutions de l'État de droit en Haïti,  appuyer et développer la Police nationale d'Haïti,  et suivre la situation en matière de droits de l'homme".

         12.   La  MINUJUSTH,  telle que nous la concevons et tels que ses paramètres ont été clairement définis,  s'inscrit  dans une perspective différente de celle de la mission précédente,  axée sur la stabilisation.  Elle se veut,  avant tout,  un mécanisme d'accompagnement et de consolidation des acquis.  Des lors,  son horizon temporel ne peut qu'être limité.  Le Gouvernement  tient compte,  par conséquent,  de la stratégie de retrait proposée par le Secrétaire général,  selon un calendrier  qui devra être établi de concert par les deux parties,  en fonction de jalons et de points de repères convenus.  De même,  ainsi que le Gouvernement l'a fait valoir,  il adhère au principe d'une évolution de la Mission vers une présence de l'ONU  s'inscrivant  dans un cadre de renforcement des capacités en guise de celui du maintien de la paix.

         13.   Comme l'indique d'ailleurs la Résolution  2350  (2017),  la MINUJUSTH  a essentiellement  une vocation  "d'assistance technique"  au renforcement des institutions haïtiennes  garantes de l'Etat de droit  -  au premier chef le système de justice  -    étant entendu  que c'est aux institutions nationales qu'incombe la  responsabilité première du développement  et de tous les aspects de la gouvernance,  qu'il s'agisse de la sécurité,  de la justice,  de la protection des droits de la personne,  de la lutte acharnée contre   la corruption  sous toutes ses formes et dans  les composantes de la société.

         14.   C'est dans cet esprit que le Gouvernement haïtien souhaite la poursuite de la coopération  entre  Haïti  et l'ONU,  dans le cadre d'un partenariat fort,  qui favorise réellement  de  "nouvelles avancées dans tous les secteurs de l'État de droit",  ainsi que la promotion de tous les droits de la personne  -  civils et politiques,  économiques,  sociaux et culturels  -  tout en contribuant puissamment à la réalisation des objectifs de développement durable du pays.  Rien de tout cela ne sera possible  sans le respect scrupuleux  des obligations réciproques  et en dehors d'un authentique  esprit de  "solidarité,  de respect  mutuel  et de confiance",  comme l'a souligné fort à propos le Secrétaire général dans son Rapport.


Monsieur le Président,

         15.   La pérennisation de la paix et le développement durable vont de pair.  Par conséquent,  pour asseoir durablement la stabilité en Haïti,  il est essentiel de faire progresser  simultanément  la consolidation de l'Etat de droit,  la promotion des droits de la personne,  la reconstruction  et le développement social et économique du pays.  Le Gouvernement   de la République d'Haïti canalise tous ses moyens et concentre toute son énergie  en vue   de relever les défis urgents qui se posent sur le plan humanitaire et de s'attaquer  aux problèmes de fond liés à l'extrême pauvreté et à la précarité.  Il réserve,  comme toujours,  le  meilleur  accueil  à  tout appui de ses partenaires techniques et financiers  comme les  y  invitent  la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide au développement  de 2005  et le Programme d'action d'Accra de 2008.  Voila pourquoi  le Gouvernement renouvelle son souhait d'un accompagnement de la communauté internationale en vue de favoriser les conditions d'une stimulation vigoureuse de la croissance,  de la réduction de la pauvreté  et de l'atteinte  des objectifs de développement durable à l'horizon 2030.




         16.   Le Gouvernement a accueilli  avec enthousiasme l'initiative de la  "Retraite sur la transformation d'Haïti"  lancée par le Secrétaire général.  Il espère ardemment que cette initiative prometteuse portera les fruits escomptés,  et qu'elle ouvrira de nouvelles perspectives  pour le financement du développement en  Haïti,  notamment celui des infrastructures essentielles qui lui font tant besoin.

         17.   Je ne saurais passer sous silence l'épidémie de choléra,  dont tout le monde connait les terribles conséquences,  et qui continue de sévir malgré les progrès sensibles enregistrés  récemment dans la prévention et la lutte contre ce fléau.  Ma délégation souhaite particulièrement que la nouvelle initiative du Secrétaire général  permette enfin  la concrétisation  des deux volets  de la Nouvelle approche  des Nations Unies contre le choléra.  Le Fonds d'affectation spéciale,  rappelons-le,  n'a pu recueillir jusqu'à présent qu'un peu plus de 7 millions de dollars.  Ce qui est nettement insuffisant  au regard des 400  millions de dollars requis.  Le Gouvernement haïtien  en appelle à un sursaut de bonne volonté et à l'exploration de sources de financement innovantes et prévisibles,  pour la constitution de ce Fonds tel que prévu.  De telle sorte  que les victimes,  leurs proches et leurs ayants-droit  puissent recevoir la juste compensation  qui leur est due et que puissent être aménagées les infrastructures sanitaires,  d'eau potable  et d’assainissement, reconnues comme indispensables à l'élimination durable du choléra et d'autres maladies hydriques.

         18.   Je tiens,  pour terminer,  à assurer  aux  membres du Conseil  les meilleures dispositions  du Chef de l'État,  Son Excellence  Jovenel  Moise,  du Premier Ministre,  le Docteur   Jack  Guy  Lafontant,  et du  Gouvernement haïtien,  à approfondir le dialogue  et à raffermir  les liens multiples  de coopération  avec le Conseil de sécurité,  le Secrétariat et toutes les instances de l'ONU  en vue de nouvelles avancées vers la consolidation de l'Etat de droit,  le renforcement de la justice et la promotion des droits de la personne humaine,  qui sont au cœur du mandat de la MINUJUSTH.  Les autorités haïtiennes continueront  d'œuvrer avec constance et détermination  afin que cette coopération diversifiée, à laquelle elles attachent le meilleur prix,  puisse tenir ses promesses  et  répondre  pleinement aux aspirations nationales du peuple haïtien et aux attentes communes.


Je vous remercie.

 

 

A l’occasion de la commémoration le premier janvier de l’indépendance d’Haïti, le secrétaire d’état américain Rex Tillerson a estimé que « d’immenses progrès ont été accomplis en Haïti au cours de l’année 2017 ».

 

Il cite notamment « l’investiture du Président Moïse (Jovenel) en février dernier, et le travail entrepris par Haïti pour stabiliser (le) système électoral à l’avenir ». M. Tillerson voit ces réalisations comme un « engagement du peuple haïtien en faveur de la démocratie, des droits humains et de l’État de droit ».

 

« Nous notons également des progrès significatifs en matière de sécurité et félicitons les efforts déployés pour le développement du secteur agricole haïtien », poursuit la note du secrétaire d’état publié sur le site de l’ambassade des États-Unis en Haïti.

 

Tout en renouvelant sa détermination à soutenir les efforts pour accroitre la croissance économique et les investissements, le gouvernement américain a salué la longue histoire d’étroites relations entre les deux pays en reconnaissant que « près d’un million d’Haïtiano-américains contribuent à la prospérité de la nation américaine et à la croissance économique d’Haïti ».

 

Au nom du gouvernement des États-Unis, je présente mes vœux les meilleurs au peuple haïtien à l’occasion de la commémoration du 214ème anniversaire de l’indépendance d’Haïti, conclut le secrétaire d’état américain.

 

"La présidence égyptienne du Conseil de sécurité des Nations Unies pour le mois d'aout 2017,   a organisé,  le 29 aout 2017,   un débat public de haut niveau intitulé: "Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies:  leur possible contribution a l'objectif premier du maintien d'une paix durable" ,  sur le thème   "Pérennisation de la paix".   Le Représentant Permanent d'Haïti  auprès de l'ONU,    l'Ambassadeur  Denis  Régis,  est intervenu à ce débat.  HPN  publie in extenso le texte de l'allocution du diplomate haïtien  à  cette  8033e séance du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Monsieur le Président,
1-    Permettez-moi tout d’abord, au nom du Gouvernement haïtien, de féliciter le Gouvernement de la République Arabe d’Egypte d’avoir, en sa qualité de président du Conseil de sécurité, pris l’initiative de ce débat public sur le thème de la contribution des opérations de maintien de la paix à l’objectif de « pérennisation de la paix ».  La question est en effet d’importance.

2-    Dans un monde en constante mutation, confronté à des menaces globales et à des problèmes de sécurité complexes et changeants, la nature des opérations de maintien de la paix, leur pertinence, leur coût, leur efficacité et leurs objectifs suscitent, à juste titre, des interrogations.

3-    Si plusieurs critiques dénoncent, non sans quelque raison, la « dérive » de certaines missions, l’inflation des coûts et des effectifs ou la multiplication de tâches sans rapport avec les objectifs fondamentaux, d’autres, en revanche, jugent sévèrement ce qu’ils qualifient de « politisation artificielle » du maintien de la paix ou encore la trop grande attention portée à certains dossiers.

4-    Quoi qu’il en soit, nul ne saurait nier que les opérations de maintien de la paix – outil privilégié de gestion des conflits – ont fait la preuve indiscutable de leur nécessité au cours des cinq dernières décennies.  Comme l’a d’ailleurs rappelé fort justement Monsieur Antonio Guterres, les Casques bleus représentent « un investissement pour la paix, la sécurité et la prospérité mondiales ».  [Le Monde, 31 mai 2017].

5-    Toutefois, l’outil n’est pas sans défaut  et a clairement montré ses limites.  Certes, des réformes ont été proposées et entamées afin d’y remédier.  Mais force est d’admettre qu’il reste encore beaucoup à faire pour que ces opérations soient véritablement adaptées à la complexité des nouveaux défis, aux nouvelles menaces à la paix et à la sécurité internationales, aux contextes différents dans lesquels elles sont déployées et aux environnements difficiles et souvent hostiles où elles sont appelées à intervenir.

6-    Une mise à jour s’avère d’autant plus nécessaire que les réussites enregistrées, aussi incontestables et spectaculaires qu’elles puissent être, ne peuvent dissimuler ce que d’aucuns considèrent parfois comme des demi-succès – voire des échecs cuisants, qui, de surcroît, jettent parfois une ombre sur la crédibilité, sur l’image, sur l’autorité morale des Nations Unies.

7-    Parmi les voix de plus en plus nombreuses qui s’élèvent de partout – et ici même au sein du Conseil de sécurité – pour réclamer une nouvelle approche doctrinale du maintien de la paix, notons, en particulier, celle du Secrétaire général des Nations Unies pour qui une « véritable réforme stratégique » des opérations de maintien de la paix s’impose désormais [Voir ONU, 31 mai 2017].

8-    De nouvelles pistes, porteuses d’avenir, doivent à l’évidence être explorées.  La Note conceptuelle de la présidence égyptienne du Conseil en a esquissé quelques-unes, pleines d’intérêt. Plusieurs traits communs caractérisent certaines des propositions énoncées en vue de l’objectif de pérennisation de la paix.  Trois éléments nous semblent essentiels :
8.1-     Le principe de responsabilité, qui doit guider tous les aspects d’une intervention des Nations Unies axée sur la pérennisation de la paix ;
8.2-    Le renforcement du rôle du Conseil de sécurité, pour que celui-ci soit en mesure de s’acquitter de sa mission fondamentale d’«  instrument central dans la prévention et le règlement des conflits », capable d’apporter des réponses collectives adéquates, conformes à son mandat, notamment dans les situations où les droits de l’homme sont outrageusement bafoués, et où sont commises des atrocités et des atteintes graves au droit humanitaire.
8.3-    La pérennisation de la paix ne saurait consister uniquement à prévenir le déclenchement, l’intensification, la poursuite ou la récurrence des conflits, comme nous le rappelle opportunément la Note de cadrage du débat.  Le maintien de la paix serait forcément incomplet s’il n’englobait aussi des activités visant à s’attaquer aux causes profondes des conflits.

9-    Un examen attentif des opérations de maintien de la paix en cours le montre bien : pour la plupart, il ne s’agit plus simplement de déploiement d’une force d’interposition ni d’activités de surveillance de cessez-le-feu entre forces belligérantes.  Il s’agit plutôt de la mise en œuvre de toute une gamme d’actions interdépendantes, aptes à favoriser le processus politique et à permettre, au bout du compte, l’instauration ou la restauration de la primauté du droit, l’enclenchement d’une dynamique de paix, de sécurité, de stabilité, de démocratie et de relance du développement.

10-    Tel est, entre autres, le cas d’Haïti, où la mission des Nations Unies pour la stabilisation (la MINUSTAH) a été à pied d’œuvre pendant 13 ans.  La mission touche aujourd’hui à sa fin.  Le Gouvernement haïtien et le Conseil de sécurité en sont convenus.  Le socle de la stabilité politique et institutionnelle en Haïti a été consolidé.  Pour la première fois depuis des décennies, un processus électoral pacifique, crédible, inclusif, a permis de pourvoir l’ensemble des postes électifs, et ce, à tous les paliers de gouvernance.  A travers la MINUSTAH, les Nations Unies ont dans une large mesure contribué à ce résultat.  Aujourd’hui, sous le leadership du Président de la République, Monsieur Jovenel Moïse, le pays est résolument engagé dans la voie de la consolidation de la démocratie, de l’état de droit et du développement durable.

11-    Ces trois piliers de la pérennisation de la paix ne sauraient d’ailleurs être dissociés l’un de l’autre.  Nous considérons comme essentielle la consolidation continue des acquis par le renforcement des capacités nationales.  Car, en fin de compte, l’appropriation, par les institutions nationales, de toutes les fonctions qu’exerçait précédemment la MINUSTAH – qu’il s’agisse de celles liées à la sécurité, à l’État de droit, aux droits de l’homme ou au développement – sera, le critère déterminant du succès de la mission.

12-    Guidés par cette vision partagée, le Gouvernement haïtien et les Nations Unies œuvrent de concert à la mise en place d’un nouveau cadre de coopération stratégique, qui reflètera la nouvelle réalité sur le terrain.  La MINUJUSTH, entre autres, est appelée à illustrer ce nouveau partenariat.

13-     A l’heure où le pays aborde un véritable tournant, le Gouvernement haïtien tient à réitérer l’importance qu’il attache au renforcement de la solidarité internationale.  Haïti continue de compter sur le soutien du Conseil de sécurité et celui de tout le système des Nations Unies pour l’accompagner dans le processus de reconstruction et lui permettre de progresser de manière soutenue sur le chemin de la démocratie et de l’État de droit, la seule voie possible vers sa modernisation sociale et économique, la réduction de la pauvreté et le développement durable.

Monsieur le Président,
14-     Je voudrais, pour conclure, formuler au nom de la délégation haïtienne quatre observations :
14.1-    Premièrement, il nous semble essentiel que le Conseil de sécurité, tirant parti des leçons du passé récent, se réapproprie pleinement la mission de sauvegarde et de pérennisation de la paix qui lui est dévolue par la Charte des Nations Unies.  Le Conseil se doit notamment d’éliminer les blocages institutionnels qui, trop souvent ces dernières années, ont miné, voire paralysé son action, afin de s’acquitter pleinement de son rôle de « principal responsable du maintien de la paix ».
14.2-    Deuxièmement, le débat sur l’objectif de pérennisation de la paix ne peut faire abstraction de la question de l’extrême pauvreté, qui occupe la place que l’on sait dans bien des conflits intra-étatiques.  Des guerres civiles fratricides plongent souvent leurs racines dans la misère économique, l’injustice sociale, l’oppression politique, la marginalisation, l’exclusion.  Il est indispensable d’aider plus substantiellement les pays en développement en proie à des conflits ou en phase de reconstruction post-conflit et de consolidation de la paix à rompre le cercle vicieux de la pauvreté, à défaut de quoi la pérennisation de la paix risque de rester un vain mot.
14.3-    Troisièmement, l’ONU ne peut en aucun cas se soustraire à ses responsabilités, notamment celle de respecter et de promouvoir les droits des populations qu’elle est appelée à protéger.  Nous saluons, à cet égard, le plan soumis aux États membres par le Secrétaire général, qui vise à mettre fin à l’impunité et prévoit la nomination de défenseurs des droits des victimes dans le cadre des activités de maintien de la paix de l’Organisation.  Pour être pleinement en phase avec les normes relatives aux droits de l’homme que l’ONU a pour mission essentielle de promouvoir, cette approche – nous le souhaitons vivement – doit pouvoir s’étendre à tous les cas d’atteinte aux droits humains et de préjudices moraux et matériels dont une mission aurait été elle-même la cause.
14.4-    Enfin, l’objectif de pérennisation de la paix est indissociable de celui du développement durable.  La République d’Haïti réitère son adhésion à une vision de la pérennisation de la paix, qui, face aux défis actuels, appelle « des réponses mondiales » qui permettent de « s’attaquer aux causes profondes des conflits et associent la paix, le développement durable et les droits de l’homme », pour reprendre l’expression du Secrétaire général [cf. Lettre du 3 mai 2017 du SG].

15-    Il appartient à la communauté internationale de relever ce défi par la mise en place des mécanismes de solidarité collective indispensables à l’atteinte de l’objectif de pérennisation de la paix.


Je vous remercie.




Le  Chef ad intérim de la MINUJUSTH, Mamadou Diallo, a précisé les objectifs poursuivis par les Nations affirme dans le cadre de cette nouvelle mission engagée en Haïti. Selon M. Diallo, cette mission onusienne témoigne de la volonté de l'ONU les efforts pour développer économiquement Haïti tout en garantissant la stabilité politique et la sécurité du pays.

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Le Représentant Permanent de la République d'Haïti auprès de l'ONU,  l'Ambassadeur Denis  Regis,  est intervenu le 9 juin 2017 à l'Assemblée générale des Nations Unies à la Conférence de l'ONU sur les océans.  Cette conférence vise à appuyer la réalisation de l'Objectif de développement durable No. 14 : conserver et exploiter de manière durable les océans,  les mers et les ressources marines aux fins du développement durable.  HPN publie in extenso le texte de l'intervention du diplomate haïtien.

Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames, Messieurs,

La délégation de la République d’Haïti s’associe pleinement aux déclarations faites par les distingués représentants de l’Équateur au nom du Groupe des 77 et la Chine, des Maldives au nom de l’Alliance des Petits États Insulaires en Développement (PIED) et du Bangladesh au nom des Pays les Moins Avancés (PMA).  Elle voudrait adresser ses plus vives félicitations aux deux Co-facilitateurs de cette importante Conférence mondiale sur les océans : l’Ambassadeur Alvaro MENDONCA e MOURA du Portugal et l’Ambassadeur Burhan GAFOOR de Singapour.  Grâce à leur effort inlassable et à leur remarquable activité de préparation, il est raisonnable d’anticiper des échanges très constructifs et un résultat final fructueux de ces assises, appelées sans nul doute à faire date dans les annales du développement durable.

Au moment où de toutes parts montent de nouvelles inquiétudes face à l’aggravation de la crise écologique, au moment où certaines remises en question de l’Accord de Paris sur le climat suscitent de légitimes préoccupations, il y a lieu de se réjouir de la tenue de cette Conférence mondiale sur les océans.  Son objectif, clairement affirmé, est de maintenir l’élan politique nécessaire à la réalisation de l’objectif 14 des Objectifs de développement durable (ODD), c’est-à-dire conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable.
Vingt-cinq ans après le Sommet de Rio, nul ne peut plus ignorer les conséquences néfastes de la dégradation accélérée de l’environnement, ni les nouvelles menaces qu’elle fait naître pour la génération actuelle et, davantage encore, pour les générations futures.  Elles sont clairement mises en relief dans les documents de la Conférence.

Déjà, le réchauffement climatique touche des régions entières, avec son cortège de maux, parmi lesquels les migrations massives et souvent forcées, et la menace de disparition qu’il fait planer sur certains pays insulaires du Sud, en particulier.  Voilà pourquoi l’enjeu de cette conférence est crucial.  Il s’agit non seulement de sonner l’alarme sur les effets de l’accentuation des pressions humaines, de la pollution, des changements climatiques, de l’épuisement des ressources, mais aussi et surtout d’ « inverser le déclin précipité de la santé des océans et des mers ».  En un mot, il s’agit de rattraper les retards et d’adopter les mesures concrètes qui s’imposent pour que les mers et les océans puissent être écologiquement préservés.

Car, ce qui est en jeu, tout compte fait, c’est bien l’avenir de la planète, « notre avenir à tous », avec le risque que le XXIe siècle ne devienne, pour les générations futures, « celui d’un crime de l’humanité contre la vie », pour reprendre une expression chère à un homme d’État.

Monsieur le Président,
Le déclin de la santé des océans – toutes les données le prouvent – s’avère particulièrement préjudiciable au développement économique.  Il contribue, dans une large mesure, à saper les efforts déployés, à l’échelle nationale et internationale, en vue d’éradiquer la pauvreté à l’horizon 2030, l’un des objectifs clés du Programme de développement durable.

Petit État insulaire, confrontée à des handicaps structurels qui limitent considérablement sa marge de manœuvre sur le plan économique, la République d’Haïti est déjà aux prises avec les répercussions sévères de la crise environnementale.  La série d’ouragans de forte puissance qui se sont abattus dans un court intervalle sur le pays – dont l’ouragan Matthew en 2016 – illustre bien cette tendance à l’amplification sensible des effets des catastrophes naturelles enregistrées ces dernières années.

A l’instar de bien des pays des Caraïbes et du Tiers-Monde, Haïti est donc légitimement préoccupée par les conséquences de la pollution et de la surexploitation des océans et des mers, par la pression accrue, insoutenable, qui s’exerce sur ses habitats côtiers, et par l’épuisement des ressources halieutiques, dont sa population tire une part substantielle de ses moyens d’existence et de ses revenus.
La dégradation accélérée de la santé des océans représente donc une lourde menace à long terme pour la sécurité alimentaire, pour la santé humaine, pour la croissance, en bref, pour le développement global du pays, dont les efforts pour atteindre ses objectifs en matière de développement durable risquent d’être réduits à néant.  Voilà pourquoi le Gouvernement haïtien tient pour nécessaire et indispensable la réaffirmation par la communauté internationale de la place et du rôle essentiel des mers et des océans, lesquels sont le fondement même de la vie sur notre planète.
Nous n’avons d’autres choix – si nous voulons éviter l’irréversible – que d’adopter de nouveaux modes de production, de consommation et de croissance, qui soient écologiquement et économiquement viables, qui permettent d’inverser la courbe de la pollution, de la réduction de la biodiversité marine, du réchauffement climatique, bref, qui tiennent compte de l’absolue nécessité de gérer ces biens publics mondiaux que sont les mers et océans dans un esprit de véritable partenariat et de solidarité planétaire.

Ce choix engage la responsabilité collective de tous les États, celle des pays industrialisés comme celle des pays en développement, qui sont appelés à agir afin de gérer plus efficacement l’environnement et de mieux « conserver et exploiter les océans, les mers et les ressources marines », grâce à des systèmes plus soutenables, plus économes en ressources naturelles, en déchets, en pollutions.

Nous croyons, en outre, à la nécessité d’un nouvel élan de solidarité à l’égard des États insulaires en développement, moins nantis, plus vulnérables, plus menacés par le réchauffement climatique et par la dégradation de la santé des mers et océans.

A l’échelle des Caraïbes, en particulier, nous croyons opportun un renforcement substantiel de la coopération Nord/Sud, qui peut être d’un apport appréciable dans la gestion durable des mers et des ressources marines et le développement global des États insulaires de la région, tout en permettant de lutter plus efficacement contre les menaces croissantes à l’environnement.


Monsieur le Président,
Il est devenu évident que le concept de paix et de sécurité internationales – l’un des piliers sur lesquels reposent les Nations Unies – doit s’élargir pour englober toutes les sources majeures de menaces à la stabilité et au développement international.  « Il ne saurait y avoir de sécurité sans développement ou de développement sans sécurité », rappelait à cet égard le Secrétaire général de l’ONU.

L’élimination de la pauvreté, y compris l’extrême pauvreté, est « le plus grand défi auquel l’humanité doive faire face », comme nous l’a rappelé si opportunément la Résolution 70/226 de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Nous souhaitons ardemment que cette Conférence donne la nouvelle impulsion politique tant attendue à la lutte pour inverser la dégradation de l’état de santé des océans, qui doit donc être au cœur des efforts tendant à la réalisation du développement durable, dans sa triple dimension économique, sociale et environnementale.


Je vous remercie.

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