Le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies  s'est penché,  le 12 décembre 2018,  sur le dernier rapport du Secrétaire général de l'Organisation sur la MINUJUSTH et Haiti.  Le Représentant Permanent  de la République d'Haiti aupres des Nations Unies,  l'Ambassadeur Denis  Regis  y a fait valoir les vues et les observations du Gouvernement haitien sur ce rapport.  HPN  publie in extenso l'intervention de l'Ambassadeur Regis.
 
 
Monsieur le Président,
Madame la Représentante spéciale du Secrétaire général,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
 
Qu’il me soit permis, tout d’abord, de remercier le Président du Conseil de sécurité d’avoir bien voulu inviter la délégation haïtienne à faire part de ses vues et observations sur le rapport S/2018/1059 soumis par le Secrétaire général concernant la MINUJUSTH, conformément à la résolution 2410 (2018) du Conseil.  Ma délégation a accordé la plus haute attention aux constats, ainsi qu’aux observations et recommandations de ce rapport.

2-         Tout en prenant la mesure des difficultés et des problèmes rencontrés – comme en témoignent notamment les récents soubresauts qu’a connus le pays –,  le Secrétaire général rend compte des progrès accomplis par le Gouvernement haïtien en vue d’atteindre, comme il s’y est engagé, les divers objectifs, cibles et échéances conjointement établis dans le cadre du mandat confié par le Conseil à la MINUJUSTH.

3-         Le rapport met en lumière les améliorations significatives ainsi que les succès manifestes obtenus dans la voie de la transition vers une présence de l’ONU autre que celle associée au « maintien de la paix ».  Ils s’inscrivent, du reste, dans le prolongement des avancées majeures accomplies par le pays au fil des dernières années dans tous les domaines jugés vitaux pour la consolidation de l’État de droit – qu’il s’agisse de la justice, de la sécurité, des Services correctionnels, de la protection des droits de l’homme .  Les résultats sont là.

4-         Le Secrétaire général souligne à juste titre le « professionnalisme » de la Police nationale d’Haïti (PNH), qui a fait la démonstration de « sa capacité d’assurer de manière professionnelle le contrôle des manifestations de masse à l’échelle du pays » dans le cadre des événements des 17 octobre et 18 novembre derniers.

5-         L’adoption de la Loi sur l’aide juridique est assurément un autre « jalon important » dans la voie de l’amélioration de l’accès à la justice.  Des étapes cruciales ont été franchies dans d’autres secteurs, comme l’attestent les mesures prises pour renforcer les mécanismes de protection des droits de l’homme au sein de l’Exécutif, ainsi que l’amélioration des capacités managériales et opérationnelles de l’Administration pénitentiaire.  La baisse du taux d’homicide figure au nombre des indicateurs dignes de mention :  le taux a diminué de 4,2 % pour s’établir à 6,22 pour 100 000 habitants, l’un des plus bas de la Caraïbe, comme le mentionne le rapport.  Alors qu’ailleurs, en Amérique latine et dans les Caraïbes, « les taux d’homicides (sont) de dix à vingt fois plus élevés que la moyenne mondiale, à plus de 80 pour 100 000 habitants », selon une récente étude de la Banque interaméricaine de développement (BID, 29 novembre 2018).

6-         Il y a certainement lieu de se féliciter de ces avancées réalisées grâce aux efforts conjugués des autorités haïtiennes et de la mission des Nations Unies.

7-         Toutefois, en ce qui a trait à certains « indicateurs jugés essentiels » pour la consolidation de l’État de droit, les retards enregistrés soulignent clairement l’impérieuse nécessité d’un redoublement des efforts à différents niveaux.  Le Gouvernement en est pleinement conscient.  En effet, « beaucoup reste encore à faire », comme l’indique le Secrétaire général, pour la pleine réalisation de l’ensemble des objectifs convenus dans le cadre de la stratégie de sortie de la MINUSJUSTH.

8-         Le Gouvernement a pris note des préoccupations soulevées à cet égard et tient à réaffirmer sa ferme volonté de tout mettre en œuvre pour honorer l’ensemble des engagements qu’il a pris, accélérer le changement et mener à bien les réformes convenues, afin de remédier à la persistance des lacunes, défaillances et retards constatés, tout particulièrement en ce qui concerne :
Les dysfonctionnements du système de justice ;
La question de la détention préventive prolongée, et son corollaire, la surpopulation carcérale ;
La mise en œuvre effective du Plan de développement stratégique 2017-2021 de la Police nationale, notamment par une mobilisation plus adéquate des ressources prévues tant au niveau national qu’international ;
Les allégations d’abus de droits de l’homme par des institutions étatiques et des agents des forces de l’ordre.
Monsieur le Président,

9-         Le Secrétaire général s’est fait également l’écho de certaines inquiétudes concernant la situation générale en Haïti et les risques de « déstabilisation » correspondants.  Tout le monde s’accorde à reconnaître que le pays vient d’être soumis à rude épreuve.  Au-delà des allégations liées à l’affaire PetroCaribe, les turbulences de ces quatre derniers mois sont incontestablement le reflet d’une détérioration de la situation économique, exacerbant les difficultés auxquelles est confrontée la grande majorité de la population, aux prises avec l’extrême pauvreté.

10-      A cela s’ajoute une situation déjà complexe sur le plan humanitaire, comme en témoignent la carence dramatique d’infrastructures essentielles, les répercussions de l’épidémie de choléra, le rapatriement massif de dizaines de milliers de migrants haïtiens de la République dominicaine, sans compter les conséquences de la crise écologique et de l’extrême vulnérabilité du pays aux catastrophes naturelles.

11-      Mais, fort heureusement, la crise est en voie d’être maîtrisée grâce au dialogue instauré par le Gouvernement avec l’essentiel des parties prenantes.  Ma délégation tient à renouveler sa haute appréciation du soutien indéfectible de la communauté internationale à l’occasion des récents évènements, en particulier face aux revendications déraisonnables émanant d’une frange de l’opposition.  Ma délégation apprécie à sa juste valeur l’appui fourni par le système des Nations Unies et d’autres partenaires sur le plan de la sécurité, notamment en ce qui a trait au désarmement des gangs et à la réinsertion des individus qui n’ont pas trempé dans des crimes de sang.  Il convient de le souligner, à aucun moment, ni la stabilité politique, ni les conquêtes démocratiques, ni les acquis de l’État de droit, auxquels le peuple haïtien demeure profondément attaché, n’ont été remis en cause.

12-      Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Jovenel MOISE, s’est solennellement engagé à poursuivre les réformes indispensables, notamment à mener une lutte implacable contre la corruption.  Cette lutte a d’ailleurs commencé à porter fruit.  Les récentes mesures prises par le Premier Ministre, Monsieur Jean Henry CEANT, et les autorités judiciaires, ne laissent aucun doute quant à l’inébranlable détermination du Gouvernement haïtien de faire toute la lumière sur les allégations de malversations entourant la gestion des fonds PetroCaribe et de s’assurer que justice soit faite, de façon rigoureuse et impartiale, dans le respect de la primauté du droit.  Un climat social apaisé, dans un contexte de croissance et de création d’opportunités économiques, est indispensable à la consolidation de l’État de droit et des acquis démocratiques.

13-      A maintes reprises, ma délégation a tiré la sonnette d’alarme sur les effets pervers de la diminution soutenue de l’aide publique au développement à Haïti ces dernières années, au moment précis où les problèmes se posent avec une acuité particulière.  L’aide humanitaire ne fait pas exception.  Le Secrétaire général déplore, à juste titre, que le Plan de réponse humanitaire 2018, qui prévoit l’affectation d’une enveloppe de 252 millions de dollars destinée à venir en aide à plus de 2 millions de personnes dans le besoin, n’est financé jusqu’à présent qu’à hauteur de 11,2 %.

14-      On pourrait en dire autant de la Nouvelle approche de l’ONU dans la lutte contre le choléra.  A ce stade critique, force est de reconnaître que le volet d’aide aux victimes et à leurs proches, ainsi que celui de l’aménagement d’infrastructures indispensables de santé, d’assainissement et d’eau potable, continuent de pâtir d’un sous-financement aigu.  Les appels du Secrétaire général pour une dotation adéquate du Fonds d’affectation spéciale pluri-partenaires sont restés quasiment lettre morte.  Pareille situation ne manque pas d’être préoccupante.

15-      C’est pourquoi la délégation haïtienne souscrit au nouvel appel lancé par le Secrétaire général à tous les acteurs intéressés, notamment aux partenaires de coopération d’Haïti, pour que soient prises des mesures à court terme susceptibles de répondre aux besoins immédiats du peuple haïtien et d’alléger la situation difficile à laquelle il fait face.  Un regain de la solidarité internationale est crucial à ce carrefour.

16-      Au-delà de l’aide humanitaire, le pays a besoin surtout d’une véritable mobilisation internationale de ressources pour assurer un financement stable, substantiel et prévisible de son développement, la relance rapide des programmes d’investissement public, trop longtemps gelés, dans l’infrastructure et les programmes sociaux, et le redémarrage d’une croissance forte, propre à favoriser la réduction de la pauvreté.  C’est là, indubitablement, une des conditions de la stabilité politique et institutionnelle à long terme que le peuple haïtien, tout comme la communauté internationale, appelle de ses vœux.
 
Monsieur le Président,
17-      Le bilan à mi-parcours de la MINUJUSTH dressé par le Secrétaire général met bien en évidence les jalons importants posés au cours des 14 derniers mois dans le processus de longue haleine de renforcement des institutions garantes de l’État de droit et de protection des droits de l’homme en Haïti.  Parallèlement, le rapport du Secrétaire général montre aussi l’ampleur des problèmes, des besoins et des défis à court et à long terme auxquels le pays est confronté.

18-      Il existe une parfaite convergence de vues entre le Gouvernement haïtien et le système des Nations Unies quant à l’envergure de la tâche qui reste à accomplir et des efforts à déployer en vue de l’atteinte des cibles et points de repère établis de commun accord, dans le cadre de la stratégie de sortie de la MINUJUSTH. Fort heureusement, aucun des retards à combler n’est irrattrapable.

19-      Le Gouvernement réitère, pour sa part, son engagement de s’assurer que soient surmontés les obstacles qui ont pu différer la réalisation de certaines activités prévues, entraîné le report de certaines échéances et freiné la concrétisation de certains indicateurs considérés à juste titre par le Secrétaire général comme essentiels.  De nouveaux et importants défis nous attendent au cours des mois à venir.  En particulier, l’organisation, l’année prochaine, des élections législatives sera un test majeur de la maturité, de la consolidation et de la stabilité de nos institutions.  Le Gouvernement met déjà tout en œuvre pour permettre à la nation de relever avec succès ce défi.  Il compte à cet égard sur la pleine coopération du système des Nations Unies.

20-      Le Gouvernement assure qu’il donnera toutes les suites nécessaires, pour ce qui le concerne, aux recommandations du Secrétaire général.  Il ne ménagera aucun sacrifice pour renforcer la confiance de la population dans les institutions de la République, poursuivre les réformes prioritaires, intensifier la collaboration avec le Parlement et les forces vives du pays afin de répondre aux besoins immédiats de la population.  Il continuera d’œuvrer avec détermination à la consolidation de l’État de droit et au maintien de la stabilité du climat politique, garantissant ainsi une transition sans heurts vers une présence post-MINUJUSTH de l’ONU en Haïti, qui ne s’inscrive plus dans le contexte du chapitre VII de la Charte relatif au « maintien de la paix » mais dans celui des justes aspirations du peuple haïtien à un développement durable à l’horizon 2030.
 
 
 
Je vous remercie.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 "Le dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la MINUJUSTH était en débat, jeudi 6 septembre 2018, au Conseil de sécurité de l'Organisation mondiale.  La Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix,  Mme Keita Bintou,  a présenté le document aux 15 membres du Conseil,  qui ont tour à tour réagi par des commentaires et des remarques reflétant leur compréhension de la situation haitienne après les jours d'émeutes du mois de juillet dernier  et la récente désignation par le président Jovenel  Moise d'un nouveau chef de Gouvernement  en la personne de  Me.  Jean-Henry  Ceant.

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A l’occasion de la commémoration le premier janvier de l’indépendance d’Haïti, le secrétaire d’état américain Rex Tillerson a estimé que « d’immenses progrès ont été accomplis en Haïti au cours de l’année 2017 ».

 

Il cite notamment « l’investiture du Président Moïse (Jovenel) en février dernier, et le travail entrepris par Haïti pour stabiliser (le) système électoral à l’avenir ». M. Tillerson voit ces réalisations comme un « engagement du peuple haïtien en faveur de la démocratie, des droits humains et de l’État de droit ».

 

« Nous notons également des progrès significatifs en matière de sécurité et félicitons les efforts déployés pour le développement du secteur agricole haïtien », poursuit la note du secrétaire d’état publié sur le site de l’ambassade des États-Unis en Haïti.

 

Tout en renouvelant sa détermination à soutenir les efforts pour accroitre la croissance économique et les investissements, le gouvernement américain a salué la longue histoire d’étroites relations entre les deux pays en reconnaissant que « près d’un million d’Haïtiano-américains contribuent à la prospérité de la nation américaine et à la croissance économique d’Haïti ».

 

Au nom du gouvernement des États-Unis, je présente mes vœux les meilleurs au peuple haïtien à l’occasion de la commémoration du 214ème anniversaire de l’indépendance d’Haïti, conclut le secrétaire d’état américain.

 

"Le premier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la Mission des Nations Unies pour l'appui a la justice en Haiti  (MINUJUSTH)  a fait l'objet  de débats au Conseil de sécurité  ce  mardi  03  avril  2018.  Le Représentant Permanent d'Haiti aupres de l'Organisation,  l'Ambassadeur Denis  REGIS,  a fait valoir  a cette séance les vues et les observations du Gouvernement de la République d'Haiti  sur ce rapport  et,  plus largement,  sur la relation  Haiti-ONU.  HPN  publie dans son intégralité  l'intervention du diplomate haitien".

Allocution de Son Excellence Monsieur Denis RÉGIS Ambassadeur, Représentant Permanent de la République d’Haïti au Conseil de sécurité des Nations Unies à la 8220e séance du Conseil sur le Rapport S/2018/241 du Secrétaire général concernant la MINUJUSTH

New York, le 3 avril 2018


Vérifier au prononcé

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général-Adjoint, 
Excellences,
Mesdames,  Messieurs


          1.   Je voudrais,  tout d'abord,  remercier le Président du Conseil de sécurité  des Nations Unies  d'avoir  invité  le Gouvernement de la République d'Haïti  à faire valoir ses vues et observations  sur le premier Rapport,  S/2018/241,  du 20 mars 2018  du Secrétaire général  concernant la MINUJUSTH.


Monsieur le Président,

          2.   Le 15 octobre dernier,  une page était tournée.  Après avoir dressé le bilan de ses  treize années de présence en Haïti  -  avec  ses  réussites  mais  aussi  avec ses zones d'ombres  -,  le Conseil de sécurité  décidait de mettre fin au mandat de la MINUSTAH  à  la  lumière  des  "avancées majeures"  enregistrées  au  regard  du  triptyque  "Sécurité  et  stabilité,  édification de l'État de droit  et promotion des droits de l'homme".  En  fait,  la création de la Mission  des Nations Unies pour l'appui à la justice  (MINUJUSTH)  consacrait une situation qui ne correspondait  ni de près  ni de loin  à celle de 2004,  laquelle  avait  été  assimilée  par le Conseil  à une  "menace contre la paix internationale dans la région".  Aujourd'hui,  un nouvel ordre de choses a émergé en Haïti.

       3.   Le  Gouvernement  haïtien   se  réjouit  que  le  Secrétaire  général  ait  souligné  l'évolution  positive  de  la  situation  du  pays  depuis  les  quatorze  derniers  mois,  en mettant  très  justement  en  relief   les   "progrès accomplis par le Président  Jouvenel  Moise  dans la mise en œuvre de son programme de réformes  visant à promouvoir le développement durable"  (paragraphe 2).

          4.   En effet,  Haïti est aujourd'hui en paix.  Dans le sillage des élections démocratiques de 2017,  la stabilité institutionnelle  et l'autorité de l'État ont été restaurées ;  les acquis démocratiques sont consolidés ;  les institutions  prévues par la Constitution  fonctionnent régulièrement.   Dans le cas du Conseil électoral permanent,  le processus avance ;  les droits  de la personne sont respectés et garantis.  C'est la nouvelle réalité  d'un pays qui est certes confronté à des défis de grande ampleur,  mais qui jouit d'un environnement sûr et stable  que tout observateur de bonne foi doit évidemment reconnaître.

          5.   Dans ce contexte de stabilité  et de  "certitude politique"  retrouvée,  des résultats significatifs ont déjà été obtenus  dans divers secteurs clés,  qu'il s'agisse de l'amélioration   du climat de sécurité,  des avancées en matière de bonne gouvernance,  du respect de la primauté du droit et de la relance du processus de développement.  Parmi les indicateurs de progrès  mentionnés par le Secrétaire général  dans le Rapport,  il me plait de relever:

         -    la très nette diminution de la criminalité violente  -  qui a chûté  de près de 50%  par rapport à la même période de l'année précédente ;

       -    le renforcement de la lutte contre la corruption dans l'administration,  y  compris dans le cadre du dossier  Petro Caribe,  dont la Cour Supérieure des Comptes  et du Contentieux Administratif  en a été  officiellement saisie  par le Parlement,  conformément à la Constitution, aux fins que de droit  (paragraphe  6) ;

    -   la priorité accordée par le Gouvernement et le Parlement  aux réformes institutionnelles  visant à renforcer l'Etat de droit  et,  notamment,  à moderniser le secteur de la justice,  y  compris le système pénitentiaire.  A cet égard,  l'adoption du nouveau  Code pénal  ainsi que du nouveau Code de procédure criminelle  figure en bonne place  sur la liste des priorités de l'agenda législatif ;

      -    la mise en place en cours ou le rétablissement d'institutions clés  prévues par la Constitution ;

       -     la nomination,  selon les formes prévues par la Charte fondamentale en vigueur,  d'un Protecteur  de  la  citoyenne  et  du citoyen ;

            -    la professionnalisation accrue et le renforcement des capacités de la Police nationale d'Haïti  (PNH).

      6.   A cela s'ajoute,  au chapitre des réformes structurelles,  l'initiative  des États généraux sectoriels  de la nation lancée par le Chef de l'État,  qui vise à promouvoir un dialogue politique  inclusif  à l'échelle nationale  dans la perspective  du renouvellement nécessaire  du contrat social  et du redressement de l'économie haïtienne,  parallèlement à la stratégie  de la Caravane du Changement  dont les résultats  visent à désenclaver les régions,  à accroître  la participation  des couches rurales de la population  à la transformation de leur destin et de leur avenir, et à favoriser un développement endogène  axé  sur la production nationale.

          7.   Le Gouvernement est conscient du chemin qui reste encore à parcourir.  Il entend poursuivre dans la voie des réformes engagées.  Il a pris note des observations  formulées dans  le  Rapport,  des conclusions et des recommandations émises.  Il est sensible  aux  questions  relatives à l'accès à la justice,  au renforcement du système judiciaire ou au non respect des droits de la personne,  dont  la détention provisoire prolongée  et  la surpopulation carcérale  en sont la déplorable  manifestation.  Des réponses sont en train d'être apportées.  Ces problèmes sont la résultante  de décennies d'abandon,  des handicaps structurels  et des goulots d'étranglement  que les pouvoirs publics s'évertuent  à corriger progressivement,  avec constance et méthode.  Il s'agit,  de toute façon,  d'une œuvre de longue haleine,  qui appelle une action  continue et persévérante  sur la longue durée.  En ce sens,  le Gouvernement de la République d'Haïti croit qu'une mission d'assistance technique au renforcement de la justice  représente,  dès lors,  une alternative plus en phase avec l'évolution de la situation sur le terrain.

          8.   Le Gouvernement a pris note des préoccupations soulevées  en lien avec certains cas isolés  d'abus de droits de l'homme  perpétrés   par des représentants des forces de l'ordre.  L'État de droit ne se divise pas.  Les  deux incidents signalés dans le Rapport  -  à l'instar de tous incidents imputables  à des instances étatiques  -  font  l'objet de la plus sérieuse attention de la part des autorités compétentes.  Les responsabilités une fois établies,  la justice suivra son cours.  En attendant  l'aboutissement du processus judiciaire,  les agents publics concernés  font l'objet des sanctions administratives y afférentes.

          9.   Conformément aux engagements souscrits par la République d'Haïti  dans le cadre des traités internationaux ou régionaux  auxquels elle  est partie,  le Gouvernement  haïtien ne ménage aucun effort pour assurer le plein respect des libertés essentielles  et des droits fondamentaux par toutes les institutions de l'État,  sans exception.  La nomination,  en octobre dernier,   du Protecteur de la citoyenne et du citoyen  participe de cette volonté d'inscrire  dans les faits la promotion,  la protection et la défense des droits de la personne.  Il va de soi que le plan d'action  de cette structure englobe la mise en œuvre  des différentes recommandations formulées  par les organes compétents de l'ONU en la matière,  notamment le Conseil des droits de l'homme.


Monsieur le Président,

         10.   Le Gouvernement se félicite hautement des avancées majeures de ces derniers mois, en  particulier la mise en œuvre d'une disposition légale qui lui fait obligation  de contribuer financièrement à l'institutionnalisation de la vie politique dans le pays  par l'octroi  d'une contribution financière aux partis politiques légalement reconnus  et qui peuvent se prévaloir d'un certain nombre d'élus au Parlement  et   dans les collectivivités  territoriales.   Accueillie  favorablement par les parties prenantes,  cette mesure  à laquelle ont souscrit la majeure partie des formations politiques,  a pour objectif   de  les  doter  des ressources nécessaires  pour leur modernisation.

         11.   Les acquis des derniers mois  en matière de stabilisation  doivent,  bien entendu,  être consolidés dans le cadre d'une coopération  élargie,  plus en phase avec les réalités d'aujourd'hui  et les besoins réels du pays.  A cet égard,  le Gouvernement tient à réitérer  toute l'importance et toute la valeur  qu'il attache  au mandat que le Conseil a confié à  la MINUJUSTH,  à savoir  "aider le Gouvernement haïtien à renforcer les institutions de l'État de droit en Haïti,  appuyer et développer la Police nationale d'Haïti,  et suivre la situation en matière de droits de l'homme".

         12.   La  MINUJUSTH,  telle que nous la concevons et tels que ses paramètres ont été clairement définis,  s'inscrit  dans une perspective différente de celle de la mission précédente,  axée sur la stabilisation.  Elle se veut,  avant tout,  un mécanisme d'accompagnement et de consolidation des acquis.  Des lors,  son horizon temporel ne peut qu'être limité.  Le Gouvernement  tient compte,  par conséquent,  de la stratégie de retrait proposée par le Secrétaire général,  selon un calendrier  qui devra être établi de concert par les deux parties,  en fonction de jalons et de points de repères convenus.  De même,  ainsi que le Gouvernement l'a fait valoir,  il adhère au principe d'une évolution de la Mission vers une présence de l'ONU  s'inscrivant  dans un cadre de renforcement des capacités en guise de celui du maintien de la paix.

         13.   Comme l'indique d'ailleurs la Résolution  2350  (2017),  la MINUJUSTH  a essentiellement  une vocation  "d'assistance technique"  au renforcement des institutions haïtiennes  garantes de l'Etat de droit  -  au premier chef le système de justice  -    étant entendu  que c'est aux institutions nationales qu'incombe la  responsabilité première du développement  et de tous les aspects de la gouvernance,  qu'il s'agisse de la sécurité,  de la justice,  de la protection des droits de la personne,  de la lutte acharnée contre   la corruption  sous toutes ses formes et dans  les composantes de la société.

         14.   C'est dans cet esprit que le Gouvernement haïtien souhaite la poursuite de la coopération  entre  Haïti  et l'ONU,  dans le cadre d'un partenariat fort,  qui favorise réellement  de  "nouvelles avancées dans tous les secteurs de l'État de droit",  ainsi que la promotion de tous les droits de la personne  -  civils et politiques,  économiques,  sociaux et culturels  -  tout en contribuant puissamment à la réalisation des objectifs de développement durable du pays.  Rien de tout cela ne sera possible  sans le respect scrupuleux  des obligations réciproques  et en dehors d'un authentique  esprit de  "solidarité,  de respect  mutuel  et de confiance",  comme l'a souligné fort à propos le Secrétaire général dans son Rapport.


Monsieur le Président,

         15.   La pérennisation de la paix et le développement durable vont de pair.  Par conséquent,  pour asseoir durablement la stabilité en Haïti,  il est essentiel de faire progresser  simultanément  la consolidation de l'Etat de droit,  la promotion des droits de la personne,  la reconstruction  et le développement social et économique du pays.  Le Gouvernement   de la République d'Haïti canalise tous ses moyens et concentre toute son énergie  en vue   de relever les défis urgents qui se posent sur le plan humanitaire et de s'attaquer  aux problèmes de fond liés à l'extrême pauvreté et à la précarité.  Il réserve,  comme toujours,  le  meilleur  accueil  à  tout appui de ses partenaires techniques et financiers  comme les  y  invitent  la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide au développement  de 2005  et le Programme d'action d'Accra de 2008.  Voila pourquoi  le Gouvernement renouvelle son souhait d'un accompagnement de la communauté internationale en vue de favoriser les conditions d'une stimulation vigoureuse de la croissance,  de la réduction de la pauvreté  et de l'atteinte  des objectifs de développement durable à l'horizon 2030.




         16.   Le Gouvernement a accueilli  avec enthousiasme l'initiative de la  "Retraite sur la transformation d'Haïti"  lancée par le Secrétaire général.  Il espère ardemment que cette initiative prometteuse portera les fruits escomptés,  et qu'elle ouvrira de nouvelles perspectives  pour le financement du développement en  Haïti,  notamment celui des infrastructures essentielles qui lui font tant besoin.

         17.   Je ne saurais passer sous silence l'épidémie de choléra,  dont tout le monde connait les terribles conséquences,  et qui continue de sévir malgré les progrès sensibles enregistrés  récemment dans la prévention et la lutte contre ce fléau.  Ma délégation souhaite particulièrement que la nouvelle initiative du Secrétaire général  permette enfin  la concrétisation  des deux volets  de la Nouvelle approche  des Nations Unies contre le choléra.  Le Fonds d'affectation spéciale,  rappelons-le,  n'a pu recueillir jusqu'à présent qu'un peu plus de 7 millions de dollars.  Ce qui est nettement insuffisant  au regard des 400  millions de dollars requis.  Le Gouvernement haïtien  en appelle à un sursaut de bonne volonté et à l'exploration de sources de financement innovantes et prévisibles,  pour la constitution de ce Fonds tel que prévu.  De telle sorte  que les victimes,  leurs proches et leurs ayants-droit  puissent recevoir la juste compensation  qui leur est due et que puissent être aménagées les infrastructures sanitaires,  d'eau potable  et d’assainissement, reconnues comme indispensables à l'élimination durable du choléra et d'autres maladies hydriques.

         18.   Je tiens,  pour terminer,  à assurer  aux  membres du Conseil  les meilleures dispositions  du Chef de l'État,  Son Excellence  Jovenel  Moise,  du Premier Ministre,  le Docteur   Jack  Guy  Lafontant,  et du  Gouvernement haïtien,  à approfondir le dialogue  et à raffermir  les liens multiples  de coopération  avec le Conseil de sécurité,  le Secrétariat et toutes les instances de l'ONU  en vue de nouvelles avancées vers la consolidation de l'Etat de droit,  le renforcement de la justice et la promotion des droits de la personne humaine,  qui sont au cœur du mandat de la MINUJUSTH.  Les autorités haïtiennes continueront  d'œuvrer avec constance et détermination  afin que cette coopération diversifiée, à laquelle elles attachent le meilleur prix,  puisse tenir ses promesses  et  répondre  pleinement aux aspirations nationales du peuple haïtien et aux attentes communes.


Je vous remercie.

Le  Chef ad intérim de la MINUJUSTH, Mamadou Diallo, a précisé les objectifs poursuivis par les Nations affirme dans le cadre de cette nouvelle mission engagée en Haïti. Selon M. Diallo, cette mission onusienne témoigne de la volonté de l'ONU les efforts pour développer économiquement Haïti tout en garantissant la stabilité politique et la sécurité du pays.

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