ALLOCUTION  DE L’AMBASSADEUR DENIS REGIS REPRÉSENTANT PERMANENT D’HAÏTI AUPRÈS DES NATIONS UNIES

New-York
Typographie

Lisez in extenso l'allocution de l'ambassadeur Denis Régis, représentant permanent d'Haïti auprès des Nations Unies, lors de  la 8068ème SEANCE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ 

‘’RAPPORT S/2017/840 DU 05 OCTOBRE 2017 DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES SUR LA MINUSTAH’’

New York, le 12 octobre 2017

Vérifier au prononcé

Monsieur le Président,

Madame la Représentante spéciale du Secrétaire général,

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

 

1. Je tiens, tout d’abord, à vous remercier d’avoir bien voulu inviter le Gouvernement haïtien à prendre part à cette séance spéciale du Conseil de sécurité des Nations Unies consacrée à l’examen du Rapport final S/2017/840 que vient de nous présenter le Secrétaire général sur la MINUSTAH, dont le mandat prend fin ce 15 octobre conformément à la résolution 2350 (2017) du Conseil du 13 avril 2017.

2. Ce rapport revêt une importance toute particulière.  Le Secrétaire général, avec le sens aigu des réalités que nous lui connaissons, dresse un bilan minutieux et lucide de l’action de la MINUSTAH durant ses treize années de présence en Haïti et en tire d’utiles leçons pour l’avenir des opérations de paix.  Il analyse aussi avec objectivité l’évolution récente de la situation politique et économique du pays, les défis immédiats et à long terme, et il se félicite des nouvelles orientations qui se dessinent et des opportunités qui naissent de la ‘’stabilité institutionnelle’’ et de la ‘’certitude politique’’ retrouvée.

3. ‘’Huit mois après l’entrée en fonction du Président Jovenel MOÏSE, Haïti continue de réaliser des progrès dans la voie de la consolidation de sa démocratie et de la stabilité’’, note le Rapport.  Le Gouvernement haïtien se félicite de cette appréciation du Secrétaire général sur ces avancées que tous les observateurs s’associent d’ailleurs à reconnaitre.  Elles sont le fruit de la détermination sans faille du Président de la République et du Gouvernement  de consolider l’État de droit et la démocratie, de renforcer les institutions de l’État, d’assurer la promotion et la protection des droits de l’homme, tout en mettant en œuvre les ‘’réformes structurelles’’ jugées indispensables qui doivent permettre aux institutions nationales de faire face aux crises récurrentes et de relever les défis multiples et complexes qui se posent sur le plan du développement.

 

4. A cet égard – le Secrétaire général l’a très justement souligné –, ‘’le Gouvernement continue d’assumer un plus grand leadership dans l’agenda du développement, comme l’illustrent le programme de la Caravane du changement et les investissements destinés à renforcer l’infrastructure économique et sociale’’.  {Rapport. Page 6, paragr. 23}.  C’est dans la même optique que s’inscrit également la lutte contre la corruption, dont le Chef de l’État a fait un enjeu national et une pièce maitresse  de son programme d’action.

 

 

5. Par ailleurs, le Gouvernement haïtien a pris bonne note de certains sujets de préoccupation soulevés dans le Rapport, en particulier les ‘’progrès limités’’ enregistrés au niveau du système judiciaire, les lenteurs dans l’adoption de certaines réformes législatives cruciales qui n’ont que trop tardé, la persistance de quelques inquiétudes en matière de droits de l’homme, notamment en ce qui a trait à la détention préventive prolongée et la surpopulation carcérale.

 

6. Le Gouvernement tient à donner la pleine assurance qu’il accorde sa meilleure attention à ces problèmes et s’attache à leur trouver des solutions.  Il souscrit pleinement à l’appel lancé par le Secrétaire général en vue du lancement d’un dialogue national inclusif en vue de la recherche concertée de solutions permettant de renforcer la cohésion sociale et politique, consolider les institutions démocratiques et relancer durablement l’économie.

 

7. En ce qui concerne les Forces armées d’Haïti, le Gouvernement partage les vues exprimées par le Secrétaire général sur l’opportunité de faire de leur remobilisation un ‘’projet national unificateur’’ ayant ‘’la confiance de la population’’.  Telle est d’ailleurs l’optique dans laquelle il entend, en accord avec les prescrits de la Constitution, rétablir une Armée nationale avec une orientation axée essentiellement sur le développement.

 

Monsieur le Président,

 

8. En ce qui a trait au bilan de la MINUSTAH, le Gouvernement haïtien souscrit aux conclusions du Rapport.  Au regard des trois objectifs clés qui lui ont été assignés par la résolution 1542 (2004) du Conseil de sécurité – à savoir la sécurité et la stabilité, l’appui au processus politique et à la construction de l’État de droit, la promotion des droits de l’homme –, la Mission a obtenu des réussites, même si les progrès, dans certains cas, sont jugés ‘’limités’’.

 

9. Haïti connait aujourd’hui une situation radicalement différente de celle qui existait en 2004 et qui constituait alors, de l’avis du Conseil de sécurité, une ‘’menace pour la paix et la sécurité internationales dans la région’’, justifiant ainsi le déploiement d’une mission de paix et de stabilisation.  A présent, la stabilité politique et institutionnelle est en voie de raffermissement, comme le souligne le Rapport.  Haïti dispose d’une capacité globale d’assurer la sécurité et offre un ‘’environnement sûr et stable’’, propice au bon déroulement du processus politique, à la relance des investissements, de l’économie et du développement. 

 

10. La fin de l’instabilité et de l’incertitude politique, le rétablissement de l’État de droit, le renouvellement pacifique des institutions démocratiques, le renforcement des capacités de différentes institutions étatiques, notamment du système judiciaire et de la Police nationale d’Haïti, voilà ce qui constitue autant d’acquis précieux, qu’il convient de sauvegarder et de consolider.

 

11. De même, au cours de ses treize années de présence, la MINUSTAH a mis en œuvre un vaste éventail de projets et d’initiatives de haut intérêt, parmi lesquels les 1.788 ‘’projets à effet rapide’’ dans divers domaines : primauté du droit, bonne gouvernance, infrastructure publique, activités génératrices de revenu, protection environnementale, approvisionnement en eau potable, sans compter d’autres activités à caractère social ou humanitaire.  En particulier, le Programme de réduction de la violence communautaire est cité par le Secrétaire général comme exemplaire et est appelé à juste titre à ‘’servir de modèle’’ dans le cadre de futures opérations de paix de l’ONU.

 

12. Certes, dans le cadre de ce bilan, on ne saurait passer sous silence ce qui demeure une ombre majeure au tableau : l’épidémie de choléra avec ses milliers de morts, la responsabilité enfin assumée par l’ONU de son rôle dans le déclenchement de la maladie et les terribles souffrances du peuple haïtien.  A ce sujet, le Gouvernement haïtien tient à saluer la détermination et l’engagement personnel du Secrétaire général à s’acquitter de ce qu’il appelle un ‘’devoir moral’’ par la mise en œuvre effective de la Nouvelle approche à l’égard de la lutte contre le choléra.  ‘’Les Nations Unies – je le cite – ont une responsabilité morale envers les victimes ; elles ont également la responsabilité d’aider Haïti à vaincre l’épidémie et à construire des systèmes d’adduction d’eau, d’assainissement et de santé robustes’’.  {Rapport, paragr. 52}.

 

13. Le Gouvernement haïtien s’associe à l’appel urgent lancé aux États membres pour que le Fonds d’affectation spéciale soit enfin doté des ressources indispensables permettant d’honorer à bref délai tous les engagements pris et de mettre à exécution les deux volets du Plan d’action contre le choléra.  Il en est grand temps.

 

Monsieur le Président,

 

14. La paix, la sécurité et la stabilité politique en Haïti sont aujourd’hui une donnée à préserver.  Il y a lieu de s’en réjouir hautement.  Cependant, nous sommes tous conscients qu’il y a encore du chemin à faire.  Le Rapport met en relief un certain nombre de carences et de lacunes à combler, de retards à rattraper et d’obstacles à surmonter.  Pour sa part, le Gouvernement haïtien travaille d’arrache-pied à y remédier.  Il s’agit, de toute façon, d’une œuvre de longue haleine, qui appelle une action continue et persévérante sur la longue durée.

 

15. C’est pourquoi le Gouvernement haïtien et le Conseil de sécurité des Nations Unies ont, d’un commun accord, convenu de la mise en place d’une mission de consolidation des acquis de la MINUSTAH selon trois axes principaux : renforcement de l’État de droit, avec un accent particulier sur l’amélioration du système de justice ; développement de la Police nationale ; promotion et protection des droits de l’homme.  La MINUJUSH est l’expression de ce nouveau cadre de coopération entre l’ONU et Haïti destiné à la consolidation des acquis.

 

165. Toutefois – il convient de le souligner – le mandat de la MINUJUSTH s’inscrit dans un  contexte qui, manifestement, ne correspond plus aux situations classiques de menace contre la paix internationale, au sens où l’entendait la résolution du Conseil de sécurité créant la MINUSTAH en 2004.  C’est pourquoi nous souhaitons que cette nouvelle réalité soit prise en compte dans la prochaine résolution du Conseil de sécurité et dans le nouvel accord qui est appelé à régir la présence de la MINUJUSTH en Haïti à compter du 16 octobre et qui se veut essentiellement un Accord de coopération technique.

 

Monsieur le Président,

 

17. Le chapitre de la stabilisation d’Haïti est aujourd’hui clos.  Au moment où prend fin le mandat de la MINUSTAH, il y a lieu de se féliciter de son apport à la consolidation de la paix civile et de la démocratie, à la sécurité, à l’édification de l’État de droit et à la promotion des droits de l’homme en Haïti.  Dans la foulée, le Gouvernement haïtien tient à exprimer sa gratitude aux membres du Conseil de sécurité, au Secrétariat et à toutes les instances du système des Nations Unies, ainsi qu’à touts les États membres et notamment aux pays contributeurs de troupes, pour leur participation et leur soutien continu à la mission.  Que la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies soit remerciée et félicitée pour son travail remarquable et pour son dévouement à la cause de la paix.

 

18. Le pays aborde aujourd’hui un nouveau cap.  Le Gouvernement haïtien souhaite, à cet égard, que la coopération avec le système des Nations Unies soit élargie, redynamisée et surtout mieux adaptée au contexte actuel et centrée sur le besoins réels du pays, dans le cadre d’une véritable stratégie de pérennisation de la paix, qui permette aux institutions haïtiennes de s’approprier tous les leviers propres à garantir la paix, la sécurité et la stabilité, de consolider l’État de droit, tout en s’attaquant résolument à la modernisation économique et sociale et au développement durable du pays.

 

19. Au moment où la MINUJUSTH s’apprête à prendre le relais, le Gouvernement haïtien espère ardemment que cette nouvelle mission des Nations Unies apportera à son tour une contribution durable aux efforts qu’il déploie pour relever le défi de la pérennisation de la paix, laquelle va de pair avec la croissance, le développement durable et l’élimination de la pauvreté.

 

Je vous remercie.

 

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