L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner jugée dans une affaire de corruption

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Accusée de favoritisme dans l'attribution de marchés publics à un géant du BTP, Cristina Kirchner est jugée à partir de mardi par un tribunal de Buenos Aires. Malgré les affaires, la sénatrice reste candidate à la vice-présidence.

C'est la première affaire pour corruption visant l'ancienne présidente d'Argentine, mais ce n'est probablement pas la dernière. Dans ce procès qui s'ouvre mardi 21 mai à Buenos Aires, Cristina Kirchner est poursuivie pour favoritisme dans l'attribution de marchés publics, blanchiment et enrichissement personnel.

"C'est une audience très polémique qui va s'ouvrir [ce mardi] puisque la personnalité de Cristina Kirchner déclenche encore des sentiments très forts de la part de la part des Argentins, tant l'amour que la haine", commente Mathilde Guillaume, correspondante de France 24 à Buenos Aires. Adulée par environ un tiers des électeurs, notamment chez les plus défavorisés, elle est détestée par une majorité de la population.

Le procès, qui devrait durer un an, a failli être reporté. "La Cour suprême avait demandé à consulter une partie du dossier mais a dû faire marche arrière devant la levée de boucliers d'une partie de la population et des médias proches de l'actuel président Mauricio Macri, poursuit la journaliste. Ces derniers ont organisé des manifestations pour que la date du procès soit maintenue et que Cristina Kirchner soit bien sur le banc des accusées aujourd'hui."

 

C'est la corruption des années Kirchner qui est dans le collimateur de la justice, pendant ses deux mandats (2007-2011 et 2011-2015) et celui de son mari Nestor (2003-2007). Ses enfants Maximo, 42 ans, député du même parti, et sa fille Florencia, réalisatrice de documentaires, sont également mis en cause. Au total, "CFK", comme on la surnomme en Argentine, est mise en examen dans une dizaine d'affaires de corruption.

"Victime de mensonges et de diffamation"

L'avocate de 66 ans plaide son innocence. Elle se dit la cible d'une conspiration politique orchestrée par le président de centre droit, Mauricio Macri. "J'ai été victime de la campagne de mensonges et de diffamations la plus féroce et sans pitié", a-t-elle déclaré la semaine dernière. La sénatrice continue d'ailleurs son action politique : elle est en lice pour revenir au pouvoir, comme vice-présidente.

Sans son immunité de sénatrice, l'ancienne présidente serait en détention préventive en compagnie de son ancien ministre de la Planification (Travaux publics), Julio De Vido, et de l'homme d'affaires Lazaro Baez, qui seront présents à ses côtés mardi sur le banc des accusés.

La sénatrice d'Unité citoyenne, un parti de gauche et péroniste, pouvait reconquérir la présidence, les sondages lui étant favorables, mais elle a décidé d'offrir le premier rôle à Alberto Fernandez, avec qui elle a été brouillée durant 10 ans, et de se contenter d'une candidature à la vice-présidence.

La première femme à présider l'Argentine défend les plus pauvres et affectionne les tailleurs de grands couturiers. Au pouvoir, elle a mené une politique sociale généreuse, et était proche de Lula au Brésil et d'Hugo Chavez au Venezuela.

Dans les années 1990, elle a soutenu l'action du gouvernement de Carlos Menem, qui a privatisé et suivi une politique approuvée par le FMI. Elle accuse aujourd'hui le FMI de dicter sa politique économique au président actuel Mauricio Macri.

"Le monde est différent et nous aussi"

Pendant de longs mois, elle a laissé planer le doute sur sa candidature à la présidentielle du 27 octobre prochain. Samedi, elle a déconcerté jusque dans ses rangs, en annonçant qu'elle ne convoitait pas le fauteuil présidentiel.

Cristina Kirchner cultive le souvenir de son mari et ex-président, mort en 2010, dans le sillage duquel elle a été élue en 2007, puis réélue en 2011. Elle a porté le deuil pendant plusieurs années, vêtue de noir à chaque apparition publique.

Dans un message samedi, elle a érigé "l'intérêt national" en priorité, soutenant que les ambitions personnelles doivent y être "subordonnées" et annoncé un changement. Amorce de mea culpa ? "Il ne s'agit pas de répéter ce que nous avons fait entre 2003 et 2015. (...) Le monde est différent et nous aussi."

Source : AFP

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