Haïti-Société: Cette soupe tous les matins sur la place Saint-Pierre, quelle affaire !

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La précarité socio-économique est à l’évidence flagrante dans une société où la faim et le manque de moyens obligent de nombreuses personnes à s’oublier dans l’indignité, l’insouciance et la résignation. La vie chère, le chômage, la privation du pouvoir d’achat, bref, la misère noire contraignent une importante portion de la population haïtienne à manger comme elle peut au quotidien. Une soupe sur la place Saint-Pierre à Pétion-Ville, augure parfaitement bien cette observation de Haiti Press Network.

Installée à l’aile sud dans le voisinage du lycée national et de l’école Saint-Joseph (FIC), qui fréquente la place Saint-Pierre, ne connait pas cette marchande de soupe. Ti Lia ainsi l’appellent ses clients qui, pour la plupart, s’adressent à elle de façon affectueuse. Cette débrouillarde qui fait choux gras presque tous les matins, grâce à de nombreux clients qui font la queue autour d’elle comme un essaim d’abeilles entourant leur gâteau de miel, est quotidiennement aux anges.

De la nourriture exposée à la poussière
Aidée par Bibi, un jeune garçon dans la quinzaine qui fréquente l’école dans l’après-midi, Ti Lia semble apporter la vie sur la place Saint-Pierre tous les matins. Ce, par l’offre de cette soupe faite du pain, de la viande de bœuf, des légumes, d’igname, de banane, de patate douce, de farine et d’autres ingrédients susceptibles de rendre le goût de cette nourriture agréable à la bouche, constate un reporter de Haiti Press Network.

C’est une véritable fourmilière qui comble cette marchande de bonheur après avoir fini de faire affaires, tellement la demande est grande, observons-nous à maintes occasions. De nombreuses personnes, en majorité des hommes, s’alignent tête recroquevillée vers le sol, sans-gêne aucune, cuillère à la bouche dans l’espace public, sans même tenir compte des conditions d’hygiène auxquelles la cuisson a été préparée.

Car, apparemment la soupe n’étant pas préparée sur la place, mais plutôt chez Ti Lia qui en assure, à travers une bouette, le transport de chez elle à la place dans des récipients en plastique contenant 5 gallons. Différentes catégories sociales s’y accommodent. Debout, accroupis ou assis quelque part, des clients remplissent un petit creux à l’estomac. De la soupe exposée à la poussière emportée par le vent, ils en mangent avec appétit. Un exercice biologique très important à faire au bout du petit matin.

Dans cette situation de sauve-qui-peut, manger comme on peut n’est point honteux. Car, dit-on, une motivation non satisfaite, comme la faim, peut influencer sur la conduite d’un individu et dans la formation de sa personnalité, voire même dans son identité.

Un plaisant contenant du contenu

Néanmoins, ce n’est ni la soupe ni la marchande qui attire l’attention, mais plutôt le nombre de personnes qui se pressent littéralement pour en trouver leur part à manger. Le plus grand spectacle de la mêlée, est tristement le récipient dans lequel cette soupe est servie. Il s’agit d’un « kwi » ; une sorte de réceptacle à la forme de cuve, fabriqué avec la calebasse, fruit du calebassier, utilisée jadis à la campagne pour transporter de l’eau. Cette manière de consommer la soupe par des citoyens, offre une image rocambolesque frisant même la bouffonnerie qui fait rire les uns et porter les autres à la réflexion. 

Interrogée sur la portée de ce contenant et sa dimension ésotérique dans son business, Ti Lia nous a avoué qu’elle n’est pas la seule marchande de soupe à avoir utilisé ce truc pour vendre son commerce. Si vous allez en ville, vous ne verrez que ça. Les gens s’accommodent bien à ce contenant artisanal, s’est-elle réjouie.

"D’autres marchandes l’ont utilisé avant moi. Je l’ai proposé aux clients, ils l’acceptent sans rechigner. Ils ont l’impression que ce récipient tient beaucoup plus que n’importe quel autre bol. Donc, on continue à offrir de la soupe dans le kwi ", nous déclare fièrement notre interlocutrice.

Les conditions socio-économiques précaires et l’absence du pouvoir d’achat forcent, constatons-nous, les petites bourses à manger dans n’importe quelle condition et n’importe où.  Quelle affaire !


Alix Laroche
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