La Croix des bossales,  théâtre d'une violence extrême au Centre ville de Port au Prince

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Dans le vaste bidonville de La saline, un quartier pauvre de cité Soleil, des actes de violences rares enregistrés font la une dans les médias de la Capitale. Des actes de criminalité extrême qui obligent les riverains à prendre refuge à la place du bicentenaire située à environ 100 mètres du Parlement haïtien et de la mairie de la ville; à 30 mètres de la primature, bureau du premier ministre. Pour mieux comprendre  le quotidien de ces gens, Haiti Press Network (HPN) a été rencontré les habitants de cette région du nord-ouest de Port-au-Prince. Ces derniers qui , pour fuir la violence, se sont réfugiés à la place d’Italie en compagnie des petits commerçants de la Croix des bossales, une autre catégorie en plus des résidents qui font les frais  de cette violence.  Pour beaucoup cette furie est la conséquence d’une lutte pour le contrôle du marché des croix des bossales qui représente une vache à lait pour des gangs armés.  


Ils sont environ une dizaine de jeunes hommes cigarettes et boissons alcoolisées en main sur la place d’Italie au bicentenaire qui tentent de nous rassurer.  "Tu n’as pas besoin d’avoir peur de nous, nous ne sommes pas violents’’, a lâché l’un d’entre eux. Ces derniers qui veulent nous faire comprendre qu’ils ne sont pas venus se réfugier sur la place se présentent comme les membres d’une équipe baptisée "Pran Kè" (soyez patients). 

"Nous ne sommes d’aucun quartier, nous passons l’essentiel de notre temps ici, nous sommes des gars de la rue", a martelé l’un d’entre eux au visage ferme. "C’est vrai que nous vivons sur la place mais à un moment de la journée, vous n’allez pas nous trouver là, nous sommes aussi des fonctionnaires, nous sommes tous des employés d’institutions publiques" a rectifié un autre à la coiffure de dreadlocks comme on les appelle.

Une précision qui, pour lui, a toute son importance et doit servir d’argument. Ils disent n'avoir  aucun intérêt à faire partie des gangs  qui se battent pour le contrôle du marché.   Ces sans-abris acceptent leur situation avec patience espérant que les choses changeront. La frustration et la rancœur sont les éléments que l'on pouvait extraire sans difficulté dans les propos de ces hommes et femmes qui vivent sous des tentes de fortune depuis plusieurs mois.

  "Nous ne voulons pas céder aux mauvaises pratiques"a confié cette femme. Interrogé sur l’intérêt qu’a une bande armée de contrôler le marché, un jeune d'une vingtaine d'années lâche ironiquement d'un sourire moqueur : " Nous savons tous pourquoi et qui est derrière cette rivalité car nous ne sommes pas naïfs" lance-t-il sans citer de nom.  Avant de prendre congé de nous, le jeune homme a souligné que les personnes qui viennent se réfugier ne sont pas venus pour qu’ils soient protégés par le team « Pran Kè » mais parce que la Place d’Italie se trouve  presqu’au centre du parlement, de la mairie ainsi qu’un sous-commissariat.

A environ une vingtaine de mètres, des tentes dressées avec une promiscuité remarquable. Une jeune femme dans la trentaine décide de nous parler mais nous demande de cacher son identité pendant l’entrevue et dans le cas contraire son arrêt de mort est signé.

 ‘’Je suis là depuis le mois de novembre dernier, je ne peux pas retourner là-bas, car nous serions tués par les hommes de ‘’nan chabon’’, a-t-elle fait savoir. Elle déplore le fait que les proches n’ont mêmes pas eu la chance de procéder aux funérailles de ceux qui sont tombés lors de cette guerre pour le marché nous a-t-elle confiés.

 « Vous voyez cette colonne de fumée qui monte derrière ces maisons, c’est le corps d’un homme tué la veille qui est en train de bruler’’ a-t-elle lâché.

 Si les hommes de la localité ‘’ nan Chabon’’ sont présentés comme des criminels par cette dernière, une jeune fille dans la vingtaine dénonce les bandits de La saline qui fait la guerre aux hommes de ‘’ nan Chabon’’ qui sont des bienfaiteurs, selon elle.

Aux côtés des habitants de ces quartiers en guerre, une hostilité cohabite la place d’Italie. Les commerçants sont les principales victimes notamment celles qui viennent de loin pour vendre leurs produits. Assise sur des sacs d’épices une dame abord d’un camion confie qu’elle est de kenscoff.

 

 « Je viens à peine d’arriver avec mes provisions mais le camion ne peux pas rentrer au marché, donc je vais rester dans la rue. ’’ De son cote une native des Gonaïves nous dit avoir laissé ses provisions pour sauver sa peau. ‘’Même ceux qui nous prennent de l’argent chaque jour au marché pour nous assurer notre place ont pris la poudre d’escampette’’ nous a-t-elle fait savoir.

Kervens Olivier

Photos : Kervens olivier 

 

     

 

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