Adoption du Consensus de Pékin sur l’Intelligence artificielle et l’Education

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La Conférence internationale sur l’Intelligence artificielle (IA) et l’Education s’est clôturée, le samedi 18 mai à Pékin, avec l’adoption d’un document de consensus posant le cadre de nouvelles stratégies et d’actions qui défendent les intérêts humains, les valeurs de l’humanisme au-delà des enjeux économiques, politiques et sécuritaires que suppose la maîtrise de ces technologies.

Les participants à cette conférence – 50 ministres de l’éducation, 500 représentants de plus de 100 Etats, des dizaines de délégués des Nations Unies, d’universités, d’entreprises et d’organisations non gouvernementales – se sont engagés à utiliser les possibilités offertes par l’IA pour changer les pratiques d’enseignement et d’apprentissage et de l’utilisation qui en sera faite pour atteindre, en particulier, l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4) inscrit dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Le Consensus de Pékin, document adopté à l’unanimité, formule plus d’une trentaine de recommandations aux gouvernements et à l’ensemble des parties prenantes des Etats membres de l’UNESCO qui, conformément à leur législation respective, leurs politiques publiques et leurs pratiques doivent saisir les opportunités offertes par l’IA sans faire l’économie de s’attaquer aux défis qu’elle pose. En ce, ils ont intérêt à élaborer des stratégies qui, par leur cohérence, permettront l’intégration généreuse et harmonieuse de l’Intelligence artificielle dans les politiques éducatives tout en fixant le cadre favorisant l’apprentissage tout au long de la vie. 

Il est reconnu que nombreux sont les Etats qui ne pourront tout seuls aborder ce chantier ; voilà pourquoi il est leur conseillé de développer des approches pangouvernementales, intersectorielles et multipartites pour mieux comprendre les enjeux, profiter des expériences des autres dans le financement et la conduite des programmes relatifs aux technologies émergentes.  

Le Consensus de Pékin défend l’idée que l’IA  soit mis au service de la gestion de l’éducation  par l’amélioration des mécanismes de collecte et de traitement des données – dont le Systèmes d’Information et de Gestion de de l’Education (SIGE) -, et une prestation de services éducatifs qui se fait de manière équitable, inclusive, ouverte et personnalisée.

Les gouvernements et l’ensemble des parties prenantes des Etats membres de l’UNESCO, à travers ce document de référence, donc non contraignant, consentent à renforcer l’enseignement et l’autonomisation des enseignants au moyen de l’Intelligence artificielle avec une emphase sur les institutions de formation des maîtres pour qu’à l’avenir ces derniers soient à même de  mettre l’IA à contribution dans leur travail, que ce soit dans l’apprentissage ou dans l’évaluation de l’apprentissage. 

En fait, il s’agira de créer une nouvelle génération d’écoles préparées pour un enseignement actif des technologies révolutionnant les relations « homme-machine » ; des écoles qui inscriront les activités humaines dans un nouveau paradigme mettant en relation la société, l’espace physique et le cyber espace ; des écoles qui mettront les apprenants en condition de développer et valoriser leur créativité ; des écoles qui appliqueront des programmes de formation axés sur le développement des compétences émergentes et qui donneront aux apprenant – toutes choses étant égales par ailleurs - la confiance dans l’avenir.(Ici, école renvoie à toute institution de formation qu’elle soit classique, technique, professionnelle ou universitaire). Car, comme l’a si bien dit Sun Chunlan, vice-premier ministre de la République populaire de Chine, au premier jour de ces assises : « La technologie transforme le monde, l’éducation façonne la vie. » 

Suivant les échanges déroulés durant ces trois jours de conférence à Pékin (16, 17 et 18 mai 2019), les systèmes éducatifs ont désormais cette responsabilité de développer (pour certains, de continuer à développer) des compétences qui permettront à leurs populations, jeunes et moins jeunes, de vivre et de travailler à l’ère de l’IA qui s’annonce déjà. Cette nécessité est d’autant plus cruciale que cette révolution technologique va transformer fondamentalement le marché du travail. Elle créera de nouveaux métiers mieux payés, plus compétitifs ; néanmoins durant la phase de transition, elle sera cause de la perte de nombreux emplois étant donné que les bras humains ne seront plus requis pour leur exécution.

Le Consensus de Pékin soutient l’idée que les stratégies nationales, dans le domaine de l’utilisation des technologies émergentes tienne compte des problématiques liées à l’équité de genres, aux situations de handicap, aux statuts sociaux ou économiques des apprenants, à leur origine ethnique et culturelle ou à leur situation géographique. Aussi, il plaide pour que les données ne soient pas détournées à des fins pour lesquelles elles n’ont été collectées. 

Ce document appelle les organisations internationales, les institutions universitaires à jouer leur rôle de vigile dans la surveillance et l’évaluation des écarts de développement de l’Intelligence artificielle entre les pays. Ainsi, elles doivent porter plus loin les préoccupations exprimées par les pays les moins avancés, les pays touchés par les conflits, les catastrophes naturelles et par les préoccupations exprimées par les petits Etats insulaires en développement qui ne disposeront pas d’aujourd’hui à demain de possibilités pour transformer leurs systèmes éducatifs en donnant plus de place à la collaboration homme-machine.   

Tout cela commande le développement d’une nouvelle ligne de coopération internationale adaptée aux besoins de l’utilisation de l’IA, à la création de plateformes  dédiées aux échanges sur les politiques des cadres réglementaires, à l’institutionnalisation de partenariats multi-parties prenantes (coopération Sud-Sud, Nord-Sud-Sud) en vue de mobiliser les ressources nécessaires capables d’amplifier les investissements en faveur de l’IA dans le secteur de l’éducation.  

Tout cela se fera sous le leadership de l’UNESCO qui tâchera  d’élargir sa mission de fédérer les Etats et les institutions concernées (partenaires onusiens et multilatéraux, banques de développement, organisations régionales de développement, entreprises, universités) pour une intégration efficace, équitable de l’Intelligence artificielle dans les systèmes éducatifs. C’est dans ce cadre de solidarité que les pays devront agir ; telle est la perspective indiquée par Tian Xuejun, vice-ministre de l’Education et président de la Commission nationale pour l’UNESCO de la République populaire de Chine quand il évoqua, ce samedi 18 mai 2019, au Convention Center du Beijing Hotel International, à la clôture de cette rencontre de trois jours, ce proverbe chinois vantant les bienfaits du travail collectif : «En réunissant plus de mains, la flamme sera plus puissante.» 

Idson Saint-Fleur,   

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Pékin, République populaire de Chine

(Photo: Un robot à commande vocale développé par des élèves du Beijing National Day School, la version haïtienne du lycée)  

 

 

 

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