Reportage : La guerre des gangs à la Saline continue et les habitants de martissant côtoient la mort au quotidien

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Entre la guerre des gangs à l'entrée Nord de Port-au-Prince, pour le contrôle du marché de la Croix des Bossales, et les actes d'insécurité à l’entrée Sud de la capitale, les citoyens côtoient la mort au quotidien. Les commerçants du secteur informel et les habitants des quartiers La Saline et Tokyo ont abandonné leurs maisons pour fuir la violence, a constaté Haiti Press Network (HPN).

 

 

Assise à des dizaines de  mètres du centre  de la Croix des Bossales, Thérèse tente de vendre ses épices.  « J’ai perdu toutes mes marchandises quand on a mis le feu au marché de Kenscoff en mars dernier et malgré cette perte, je continuais de me rendre là-bas » a-t-elle confié à HPN.

Thérèse, sexagénaire,  a fini par abandonner sa place à la Croix des Bossales vu la violence croissante dans ce grand marché informel où les gangs s’affrontent à longueur de journée.

 « J’ai arrêté d’aller au marché après  les violences de juillet dernier. J’ai des problèmes aux oreilles, si les autres fuient aux détonations, pas moi. Je n’entends presque rien » a-t-elle expliqué.

 

Comme Thérèse, ils sont nombreux, les commerçants qui ont du abandonner leurs activités dans le grand marché, malgré les garanties données par les autorités. Des hommes armés ont fait plusieurs blessés et des morts dans le marché public au cours de la deuxième semaine de Juillet.

 

 Aujourd’hui, c’est la loi du silence qui règne dans ce grand marché informel de la Capitale. « Comme vous, je ne sais absolument rien de ce qui se passe ici’’ nous a répondu une commerçante, avant de conseiller aux journalistes de quitter les lieux.

« Les hommes armés ne plaisantent pas ici ; ce sont des sauvages et tu es en train de risquer ta vie’’ a fait savoir  cette jeune femme  qui a refusé de donner plus de détails.

 

Au Bicentenaire à quelques mètres du Parlement, ces citoyens sont exposés au jour le jour aux actes de violences, mais encore à de graves problèmes sanitaires. Sur la Place d’Italie, où des morceaux de tissus sales font offices de murs et de toitures pour des dizaines d’âmes qui, pour fuir la violence des quartiers La Saline et Tokyo, se réfugient dans ce lieu au milieu des flaques d’eaux boueuses.

Une jeune femme de 26 ans, en colère  raconte son quotidien : « Nous vivons comme des animaux ici, quand il pleut, c’est un calvaire » a-t-elle fait savoir. Comme sa voisine esthéticienne, elle aussi ancien habitant de La Saline, a du envoyer ses enfants en province pour affronter la cruelle réalité de la vie de la rue avec son père  et son compagnon.

« Je suis là depuis le mois de novembre dernier, aucun élu ni de  personnalités de la société civile ne sont venus prendre de nos nouvelles » a fait savoir avec regret un jeune homme.

Situation identique à l’autre bout du Boulevard Harry Truman, à l’entrée Sud de Port-au-Prince. Le climat  d’insécurité qui règne, fait oublier les problèmes environnementaux que représentent ces lieux, notamment la ravine bois de chêne qui regorge de fatras au niveau du theatre national.

Un décor qui n’est pas différent de la Croix des Bossales. Une preuve manifeste de l’absence totale  de l’Etat dans ces zones sensibles depuis deux ans. Le Boulevard Harry Truman est jonché d’ordures, d’eaux stagnantes et infectes. Dans certains points, les ordures s’élèvent à plus d’un mètre, ceux qui obligent parfois les riverains à s’aventurer sur la chaussée.

Comme c’est le cas dans l’angle fait de la rue Louis Joseph Janvier et le Boulevard Truman, où se dresse un lot de détritus. Et comme les déchets, la violence est grandissante aussi à l’entrée Sud de la capitale, une situation qui coïncide avec l’arrestation du fameux chef de gang, Arnel Joseph.

Et là encore, c’est la loi du silence. Les riverains n’ont pas le droit de parler aux étrangers qui visitent les lieux. « Je ne suis pas du coin, je ne fais que passer » nous dit un homme assis sur sa moto.

« Personne n’est à l’abri par ici, on se fait voler et tuer sans problème, dos de l’Etat’’ nous raconte un marchand ambulant. Et comme pour donner raison aux propos de ce dernier, quelques minutes après, un chauffeur est tué au niveau de Martissant par des malfrats armés qui voulait lui prendre son véhicule.

En attendant des mesures concrètes de l’Etat, certains endroits de la zone métropolitaine doivent garder encore leur statut cimetière à ciel ouvert avec des citoyens pour lesquels on doit redéfinir le mot humanisme ou humanité.        

 

Kervens Olivier

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