Terre Rouge, localité de Mirebalais,  polémique sur la cuisine : «  de la dinde en griot ou plat de « Turkey »

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Hancy PIERRE, Professeur à l’Université

 

Coincée entre les montagnes de Fond Diable, la ravine que représente Terre Rouge non loin de Mornes à Cabris est devenue un carrefour pour des randonnées de voyageurs. On se rappelle Mariani dans l’ouest, pour du lambi (conque); Carrefour Des Ruisseaux à Miragoane, pour du griot de porc ; Pont Sondé dans l’Artibonite et Montrouis dans les proximités de Saint Marc, réputés pour le lalo, soit un plat à base de feuilles associé à des pattes de cochon et du crabe et qui se sert avec du riz national.

           

De plus en plus, on constate une transplantation du modèle de tente-restaurant tel que se présente Montrouis qui a bénéficié de cet aménagement lors d’une réunion régionale de l’OEA sur les côtes des Arcadins,  dans les années 1990.Toutefois, les autres expériences sont de type hybride avec une modernité teintée d’un camouflage pour ne pas exposer l’avoir du petit entrepreneur de service  restauration.

 

Sans nous attarder sur les aspects de décors, le fil conducteur de ce récit s’associe à l’histoire du « Turkey ». Ce mot parait étrange. C’est la manière de dire dinde ou « kodenn »,  en anglais. Sans nous verser non plus dans des détours quant à la représentation du « turkey » dans  les mythes fondateurs des Etats Unis à tel point qu’on fête chaque année le Thanksgiving day ,soit le dernier jeudi de novembre.

 

Depuis quelques temps, la route de Mirebalais est empruntée par des métros qui assurent des excursions Port-au-Prince et Santo Domingo. Des étalages de fritures, de boissons gazeuses et alcoolisées font le décor de petits bistrots de restauration. On offre du griot de porc, du poulet, de bananes et du griot de dinde (turkey).C’est aussi connu comme « pavo ».Voilà une réalité qui se passe de la sémantique pour renvoyer à des effets de démonstration, une valeur associée au culinaire quand il s’agit d’un plat indiqué en anglais ou en espagnol. Les petits entrepreneurs des tentes-restaurants témoignent que certains acheteurs polémiquent « turkey » ou « pavo » en lieu et place de dinde ou « kodenn ».

           

Est-ce une nouvelle appropriation du fait que la route devenue internationale  connait la présence de touristes vers Santo Domingo ? Le « Turkey » pèse beaucoup comme marketing en soi. Voilà un exemple de la langue comme organe du goût d’une part et un vecteur dans la globalisation, de l’autre, dans le cas de l’anglais. Ainsi donc « turkey » convient mieux que dinde ou « kodenn ».On a tué la dinde pour la réincarner dans du « turkey ».Ce n’est pas de la blague. Une réalité métaphorique  et holographique.

 

Aussi l’héritage du néolibéralisme des années 1980 (1983, plus précisément) nous a-t-il assimilé à un modèle consumériste .C’est la promotion de volailles suite à l’abattage des porcs créoles dits « kochon dyòl long » qui se sont considérés  comme une banque pour les paysans à partir de revenus utilisés pour les besoins de consommation et d’accumulation (Dewind  et Kinley III, 1988 :97).

 

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