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Pour que la terre s'en souvienne : quête de la parole et du silence

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Ce n’est plus pour répondre à l’appel de sa sensiblerie que le poète se fait poète mais pour concilier la liberté de la parole et du silence. Le poète n’est point ce jongleur qu’on nous a brossé depuis un quart de siècle. Est poète celui qui possède la conscience poétique.

Le poète devient ce récupérateur de ferrailles, ce bricoleur et ce « fossoyeur de l’aube » (Bélance) lançant sa création à la face de l’humanité.
C’est sous cet angle que doit être abordée l’œuvre poétique de Watson et Wébert, Pour que la terre s'en souvienne, qui vient de paraître dans les éditions Bas de Page.

Ici les poètes évoquent la terre, non pas cette terre qui tremble et qu’on tient par le souffle comme dans un rodéo mais, la terre en tant que mémoire collective ou humaine. Mais, de mémoire d’homme et de collectivité, a-t-on jamais su ce dont la terre doit-elle se souvenir ?
Le texte nous met en garde contre la mémoire dite utopique, génératrice de mensonge :
Ici toute mémoire est un leurre
Une fausse parole
Des gestes rouillées
Pour redresser nos jantes
Ici tout s’arrête
(…) La mémoire utopique ment.


Watson et Wébert donnent une nouvelle dimension de la mémoire avec des poèmes parfois simple tout en s’éloignant de l’esthétique du délabrement. Chez Watson on sent toute la condition humaine et poétique :
Enfant de tous les pays
Parias du monde
Je viens de loin.

Cette quête d’une parole droite se veut aussi quête du silence. Les poètes découvrent combien le silence habite la parole, cette dualité qui se bouscule de page en pages, abandonnant les créateurs à l’indécision :
Comment écrire
Si les mots son vides
Et les pages remplies

Dans Pour que la terre s'en souvienne Watson et Wébert démontrent et pèsent à la fois le poids du silence dans les mots. Ils partent à la conquête d’un langage fait d’images et d’imagination. Le poète devient ce bégayeur en quête d’une parole droite par « ce cri hémorragique qui traverse nos ombres ». C’est de ce cri-là que la terre doit se souvenir, le besoin de parler dans le silence avec des mots muets :
J’invente d’autres éléments
Je rature mes espaces (…)
Mais le silence ne supporte plus
L’invagination des corps célestes.


Pour que la terre s'en souvienne ne se résume pas uniquement à cette dualité (Parole/Silence) il y a aussi le dialogue. D’un côté, le dialogue existant entre les deux poètes d’écriture qui s’appelle ou s’interpelle. De l’autre côté il y a cette deuxième personne qui habite les poètes. Ce « tu » ou ce « toi » qui parfois est une femme, cet autre que les poètes évoquent avec la complicité d’un lyrisme nouveau.
Te Souviens-tu
On s’aimait par mot de passe.
Ou encore :
Je ne parviendrai jamais à t’écrire
Le silence de mes mains


Ce « tu » que les poètes évoquent est parfois une ville, un souvenir, un poète… On pense aux poèmes dédiés à Bonel Auguste, LT, René Philoctète, Rodney St Eloi, Lobo… Ici le texte offre un dialogue de tendances et de générations. Tout en refusant l’esthétique de la génération mémoire, les poètes n’hésitent pas à rendre hommages à quelques figures emblématiques de la poésie des années 80.
Pour que la terre s'en souvienne est un livre qui marque ce souffle nouveau attendu depuis des années, ce mis à jour des thèmes qui sont restés jusque-là les mêmes. Le texte tente parfois d’explorer une poésie mécanique marquant l’union de l’homme et de la machine, poésie qu les poètes dédient à Fernand Léger, ce peintre qui a tenté d’intégrer l’outillage dans le corps et la pensée humaine.
Voilà ce que la terre ne doit pas oublier.

Pour que la terre s'en souvienne, Jean Watson Charles et Wébert Charles, Ed. Bas-de-Page, Août 2010, 46 pages.

Junior Marc
Boston, USA

 

 

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