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Haïti-université: Le recteur Jean Vernet Henry fait le point sur les projets en cours à l'UEH

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Dans une interview exclusive accordée à Haiti Press Network, le recteur de l’Université d’État d’Haïti (UEH), M. Jean Vernet Henry nous a fait part de l’état d’avancement de divers dossiers relatifs à l’institution, notamment le problème de révision des salaires des professeurs, la condition enseignante, la question des boursiers post-séisme, le campus de Damien, la situation à l’Université Henri Christophe de Limonade, le programme post-gradué de l’UEH et le dilemme de la capacité d’accueil.

 

 

Interview réalisée par Alix Laroche

Haiti Press Network : Monsieur le recteur, pour des motifs de salaire et de conditions de travail,  des professeurs de l’Université d’État d’Haïti ont notifié le Conseil exécutif d’un préavis de grève prévue au 1er octobre 2013, que pourriez-vous nous dire par rapport à cette annonce?

Jean Vernet Henry : je suis un peu surpris de ce préavis de grève, puisque la question du niveau de salaire des professeurs et du personnel non-enseignant de l’Université d’État d’Haïti m’a toujours préoccupée. Je me suis toujours plaint du fait que les professeurs à temps plein n’aient pas un salaire suffisant et sont attirés par les ONGs, pour n’avoir perçu un salaire raisonnable au sein de l’État. Dès mon arrivée comme recteur à l’UEH, j’avais pris la décision de redresser le salaire des enseignants et des non-enseignants à l’UEH. En même temps, parallèlement j’avais pris la décision de travailler sur la condition enseignante et sur le statut des professeurs à l’UEH. Le budget alloué à l’UEH ne me permettait pas d’entreprendre une telle démarche, mais c’est toujours une préoccupation pour moi. Après les démarches menées par le Conseil de l’université en juillet 2012 pour une augmentation de notre budget, le Sénat nous avait annoncé avoir accordé 350 millions de gourdes en plus au budget de l’UEH. C’était pour moi l’occasion tant rêvée pour toucher le problème de salaire des professeurs. Néanmoins, une commission créée par le Conseil, chargée de travailler sur une grille de salaire pour les professeurs, n’a jusqu’à présent pas remis son rapport de travail. Je vais rencontrer les professeurs signataires du préavis de grève ce mercredi 11 septembre pour expliquer la situation.

HPN : Que fait le Conseil exécutif pour améliorer les conditions de travail à l’UEH ?

JVH : Concernant les conditions de travail, nous avons engagé une équipe de professeurs de l’université qui sont actuellement en train de travailler sur la condition enseignante de l’UEH, de même que le statut du professeur. Ce sont deux thèmes qui m’intéressaient sur lesquels je travaille et que j’avais commencé à travailler avant même que les professeurs aient posé ce problème.

HPN : Après le tremblement de terre, des boursiers de l’UEH ont été éparpillés un peu partout dans des universités étrangères dans le cadre d’un programme de coopération avec des pays étrangers, que sont-ils devenus ces boursiers ?

JVH : On a eu vraiment beaucoup d’offres de bourses après le séisme du 12 janvier. L’offre la plus intéressante nous est venue de la France où l’on a eu environ 180 étudiants de l’UEH à laisser le pays pour aller se spécialiser à l’extérieur pour leur Master, la plupart pour leur doctorat. Il faut dire que la grande majorité de ces boursiers-là sont revenus. Plusieurs d’entre eux sont utilisés dans le cadre du campus Henri Christophe de Limonade, il y en a qui ont réintégré des facultés, tandis que il y en a d’autres qui poursuivent encore avec leurs études de doctorat. Parmi les 700 bourses promises par le président Sarkozy, on a bénéficié de 180 une première année et une cinquantaine la deuxième année. L’UEH en est sortie avec une bonne quantité, mais il y en a qui sont actuellement en thèse de doctorat. On a eu aussi des offres de bourses de la Pologne. Des étudiants sont en Master jusqu’à présent en Pologne. On a eu aussi l’Université West Indies où des bourses ont été accordées à des étudiants finissants pour leur mémoire. Ils sont revenus. Ils ont remis leur travail de thèse et ils sont actuellement diplômés à l’UEH. On a eu aussi quelques boursiers au Canada et aux États-Unis. Certains d’entre eux continuent au doctorat et d’autres sont revenus au pays.

HPN : Concernant la construction du campus de Damien, où en est on ?

JVH : Le campus de Damien, ça a été une décision du Conseil de l’Université prise en février 2010, d’ériger un campus à Damien pour l’Université d’État. Il faut dire que nous, dans notre vision, nous savons qu’il existe un problème de capacité d’accueil énorme au niveau de l’Université d’État. Considérant que l’Université d’État est une institution de services publics financée par le peuple haïtien, nous savons que nous avons des devoirs vis-à-vis de la nation. Donc, c’est en ce sens que nous disons que nous devons faire tout ce qui est possible pour permettre aux jeunes qui reviennent du secondaire, d’avoir la capacité d’accéder à l’enseignement universitaire. Et, nous savons que sur le plan physique, le campus de l’Ouest (Port-au-Prince) n’est pas suffisant pour accueillir ce grand nombre d’étudiants qui veulent accéder à l’enseignement universitaire. Nous nous sommes dit que, il nous faut aller au moins à quatre gros campus à travers le pays. C’est ainsi que nous disons qu’il faut reconstruire le campus de l’Ouest. Il y a le campus Henri Christophe à Limonade. Nous avons pensé aussi à un campus au Plateau central et un autre dans le Sud. Le terrain pour le campus du Plateau central est déjà là. On est en train de faire les démarches pour l’arpentage de 100 carreaux de terre pour l’UEH. La Direction générale des impôts (DGI) doit se rendre cette semaine même au Plateau central à cette fin. Dans le Sud, les démarches se poursuivent pour l’acquisition d’un terrain. Pour le campus de Port-au-Prince, on a eu l’appui de plusieurs haïtiano-américains qui travaillent dans des institutions de construction à l’étranger pour dresser un plan pour le campus sur le terrain que nous possédons. Pour la construction, on a une proposition de projet et une estimation de 96 millions de dollars américains. C’est un campus qui va embrasser les pôles des Sciences pures et appliquées et les pôles des Sciences sociales. Tout ce qui est Sciences médicales va constituer un deuxième pôle qui va se situer autour de l’hôpital de l’Université d’État. D’ailleurs, on a le financement pour la construction de la faculté de Médecine et de Pharmacie et l’école des Sciences infirmières aussi. On va avoir autour de l’hôpital, toutes les Sciences de la santé qui vont se réunir avec l’hôpital de l’Université d’État comme laboratoire. Le financement est déjà acquis. On doit incessamment commencer avec les constructions. Reste encore le campus de Damien pour lequel on n’a pas de financement. Moi je dis que vu l’importance de l’université pour le pays, l’État haïtien devrait s’engager pour pouvoir construire ce campus qui est indispensable.

HPN : Comment est la situation qui était à un certain moment très tendue à l’Université Henri Christophe de Limonade ?

JVH : Le campus Henri Christophe de Limonade dépend de l’UEH. Il y a un comité provisoire de gestion qui dépend directement du Conseil exécutif. Alors c’est un problème que j’ai suivi directement. C’était une question de filière. Ce sont des filières qui étaient déjà annoncées au niveau du campus. Il y a eu méprise par rapport à des informations qui ont mal circulé. Un groupe d’étudiants se sont mis en tête que ce qu’on disait ce n’est pas la vérité et qu’il fallait qu’on se prononce et annoncer les filières à tout le monde. Ce qui a été fait. Comme je dis, les filières étaient déjà annoncées. On les a tout simplement reprises. Mais ils voulaient avoir une certaine assurance que ces filières-là allaient se mettre en place. Et nous y travaillons justement. Nous sommes en train de finaliser ces curriculums-là pour permettre qu’en octobre, on puisse démarrer les filières. Donc, il y a eu naturellement un problème de ressources humaines qui posent terriblement problème non seulement pour le campus de Limonade mais aussi pour l’UEH globalement. Dans certains domaines, on n’a pas de spécialistes. On est en train de rechercher à l’extérieur parmi les amis d’Haïti, ceux qui veulent bien venir nous donner un appui. Donc, il y a toute une série de démarches qui sont menées dans ce sens pour permettre de débuter dans de très bonnes conditions l’ouverture de l’année académique.

HPN : À propos du programme post-gradué de l’UEH, il y a pas mal de gens qui estiment que le niveau est un peu faible, qu’est-ce que vous en pensez ?

JVH : Il y a deux programmes. Deux niveaux post-gradués : des programmes de Master et un programme de 3e cycle de doctorat. Moi ce que j’ai expliqué, les programmes de Master sont là depuis quelque temps. D’ailleurs, des gens sortent de ces programmes et vont à l’extérieur pour approfondir leur connaissance. Cela veut dire que ce problème ne se pose pas aussi bien en Sciences appliquées  qu’en Sciences sociales. Même en Sciences pures, parce qu’il y a des gens qui ont fait leur doctorat en chimie, d’autres en géologie, en Science sociales, n’en parlons pas. Nous avons débuté le programme du 3e cycle. Nous savons très bien que nous n’avons pas beaucoup de professeurs qui ont la capacité d’enseigner, cependant nous nous sommes dit que nous avons une dizaine de professeurs qui participent déjà à l’encadrement de thèses à l’extérieur. Nous nous sommes dit que si nous avons déjà un noyau, on peut débuter avec un programme de 3e cycle en ayant nos universités partenaires en appui. Ce que nous nous sommes dit, nous montons ce programme-là mais avec des cours tutelles d’encadrement. Ça veut dire que quand on aura un professeur ici pour encadrer, il va falloir un professeur aussi d’une université partenaire comme co-encadreur. C’est-à-dire pour censurer la qualité. Et pour les interventions aussi, ce sont les professeurs des universités partenaires qui vont aussi co-encadrer les étudiants. Ce qui signifie que pour nous, de ce côté-là, on n’a pas trop d’inquiétudes, parce que les thèses se font en co-tutelle un peu partout et c’est de plus en plus intéressant pour les universités d’avoir effectivement des programmes de doctorat, des thèses avec d’autres universités. En ce sens, moi je crois que nous sommes sur la bonne voie. Nous débutons il est vrai, il faut débuter quelque part. Si l’on attend que toutes les conditions soient réunies comme sur les roulettes, ça peut être difficile. Il faut s’assurer que ce que nous faisons, nous le faisons avec du sérieux.

HPN : Vous êtes à mi-parcours de votre mandat, est-ce que vous pourriez dresser pour nous un petit bilan de votre travail déjà réalisé à la tête de l’UEH ?

JVH : Mon souci a toujours été d’abord de travailler pour le renforcement de l’université. J’ai tout fait pour que la Commission de réforme de l’UEH qu’on a eu depuis 86 puisse aboutir à un projet de lois. Ce projet de lois proposé par la Commission de réforme est en discussion au niveau du Conseil de l’Université. Il y en a pas mal de discussion là-dessus, mais la Commission a produit un travail. Ensuite, j’ai essayé au niveau administratif de mettre un peu plus de sérieux et ça nous a permis maintenant d’avoir une administration. Depuis mon arrivée, notre budget de fonctionnement est utilisé à 99%. Et l’on fait des efforts après le 12 janvier, n’était-ce la concertation et le travail, on serait encore dans des conditions difficiles. C’est vrai, il y a encore des conditions difficiles mais on a dû utiliser de façon adéquate ce qu’on avait pour permettre aux facultés de fonctionner. On a signé beaucoup d’accord avec des pays étrangers qui permettent à des jeunes de l’UEH d’aller se spécialiser et des échanges de professeurs qui viennent en appui à l’UEH. D’un autre côté aussi, pour moi le travail qui commence pour un statut spécial de l’enseignant universitaire, c’est une grande satisfaction. J’ai aussi proposé un travail sur le service social pour les finissants de l’Université d’État. Pour moi, c’est un devoir vis-à-vis de la nation. Ceux qui sortent de l’UEH et qui ont bénéficié d’une bourse à l’extérieur doivent pouvoir rendre des services aussi à la nation. C’est dans ce sens que moi j’ai proposé que tous les finissants de l’UEH fassent un service social à travers le pays. C’est une partie de ce qui a été réalisé. Il y a un plan stratégique qui a été mis en place pour l’UEH sur 10 ans. Mais c’est une réflexion qui est faite à travers les différentes facultés. On est en train de construire aussi une administration au niveau de l’Université. C’est un travail difficile, mais on s’y accroche. Je crois que c’est un point essentiel pour le fonctionnement de l'institution.

Interview/photo et rédaction : Alix Laroche

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