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Haïti-Env: les corridors biologiques, indispensables dans la conservation de la biodiversité

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Découlant du vocabulaire de l’écologie, un corridor est un élément linéaire du paysage reliant des habitats et favorisant les flux entre ces habitats, au sein d'un environnement plutôt défavorable. Les corridors biologiques sont essentiels au maintien d’un environnement sain et équilibré. Ils contribuent à la conservation de la biodiversité et des écosystèmes, permettent aux espèces de se reproduire et assurent les échanges d’individus (animal et végétal) et de gènes entre plusieurs populations. 

 

 

«  Les corridors biologiques sont très importants pour les espèces dont la survie dépend d'un déplacement quotidien ou saisonnier entre habitats. À une autre échelle de temps, ils servent à la dispersion des espèces et aux échanges génétiques entre populations », explique l’ingénieur Agro-Forestier Anderson Jean, qui travaille pour la société Audubon Haïti.

De son côté, le technicien en environnement, Elie Desmarattes, responsable de l’organisation des paysans pour le développement de l’unité 2 de la Foret des Pins, précise que « les corridors agissent aussi comme des conduits, facilitant le mouvement des espèces, permettant des flux de gènes, réduisant les fluctuations du niveau de populations, les risques de dépressions et de consanguinité, diminuant ainsi le risque d'extinction des populations ».

Corridor biologique : Entre importance et difficultés

A ce jour, Haïti renferme trois grandes zones de réserves : le Parc national La Visite, le parc National Macaya et la Foret des Pins. Ces espaces boisés ne représentent que 2% de couverture forestière, selon les récentes études réalisées dans le domaine. Dans un pays comme Haïti, la fragmentation et la destruction de certains espaces, qui résultent des activités anthropiques (Érosion des sols, Pollution par les pesticides des sols, relief des digues etc…), sont considérées comme des causes majeures de la dégradation de la biodiversité. A en croire l’ingénieur Agro-Forestier Anderson Jean, la réduction de la taille des fragments d'habitats et l'augmentation de leur isolement réduisent, à long terme, la viabilité des populations d'espèces qui y vivent. En outre, les risques  de limitation voire de disparition des échanges entre populations s’accroissent du fait de la création de discontinuités.

Certaines espèces d’oiseaux paient le prix de cette défaillance environnementale. Le pétrel diablotin (Pterodroma hasitata) est l’une des premières victimes. C’est une espèce d’oiseau de mer de la famille des procellariidae vivant dans  la partie Ouest de l’Atlantique. Il construit son nid au niveau du parc national la visite situé dans le Sud d’Haïti dans la chaîne de la Selle. « Avec l’arrivée de certaines compagnies de téléphonie mobile dans le pays, depuis quelques années, l’installation des antennes se révèle une menace  pour l’habitat de cette espèce qui  migre vers Haïti avec une trajectoire instinctive » déplore l’agronome Anderson Jean.

Le pétrel diablotin qui parcoure cette trajectoire instinctivement depuis des décennies est alors obligé de changer de direction. « D’ailleurs, l’oiseau commence déjà à fuir le Massif de la Selle son habitat préféré » s’inquiète le spécialiste en environnement.

Une des options couramment retenue pour rétablir la connectivité est la mise en place de corridors biologiques entre les habitats déconnectés ou discontinus. Par ailleurs, l'intérêt des corridors a été souligné plus récemment dans le cadre des conséquences écologiques des changements climatiques, car ceux-ci vont provoquer inexorablement des changements géographiques des conditions bioclimatiques. Ce qui risque de forcer de nombreuses espèces à migrer afin de conserver des conditions favorables à leur cycle de vie. Le rôle des corridors biologique est ainsi devenu un sujet de débat scientifique et de recherche très actif depuis plus d’une dizaine d’années. Cependant en Haïti, la mise en place de cette structure peine à devenir une réalité.

La dégradation de l’environnement d’Haïti qui, d’ailleurs affecte les autres pays de la région, devrait interpeller les dirigeants face à ce danger. Or, même le Ministère de l’Environnement ne dispose pas d’un budget adéquat pouvant répondre correctement à sa mission.

Vers la mise en œuvre d’un corridor biologique dans la région caribéenne

Depuis quelques années, une prise de conscience s’observe, au niveau des Etats, quant à l’intérêt de connecter les espaces naturels entre eux, dans l’objectif de favoriser la fonctionnalité des écosystèmes et notamment les échanges entre espèces.  La dégradation de l’environnement d’Haïti  en particulier est un véritable frein pour le des projets conservation de la biodiversité des autres pays de la Caraïbe qui ne cessent de tirer la sonnette d’alarme.

Haïti, Cuba et la République Dominicaine ont récemment initié un projet de création d’un corridor biologique caribéen qui viserait, non seulement, la conservation de la biodiversité, mais aussi, l’intégration des communautés en vue d’un développement plus harmonieux avec la faune et la flore. La mise en place de cette passerelle devait du même coup apporter des réponses concrètes au changement climatique affectant la région. «  Avec  notamment la réserve de biosphère La Selle, Haïti occupe une place de choix dans ce projet » soutient  Astrel Joseph, Directeur sol et écosystème au ministère de l’environnement.

Le projet de corridor biologique caribéen s’étend sur le lac Azuei, (situé à la frontière entre Haïti et la République Dominicaine), le Massif de la Selle (De la République Dominicaine à Miragoâne dans le département des Nippes), le massif de la Hotte et le pic Macaya (Haïti).

Selon Astrel Joseph, il y a un plan stratégique avec 52 projets environs découlant de cette initiative. L’union Européenne finance l’un  des projets  d’envergure qui est « la délimitation du corridor biologique de la Caraïbe comme cadre pour  la conservation de la biodiversité et de développement des alternatives de subsistance entre Haïti, la République Dominicaine et Cuba  ».

« Il s’agira aussi de l’identification des menaces qui planent sur les aires protégées » explique le Directeur. Au ministère de l’environnement, il existe cinq micro-projets liés au corridor biologique.

Au niveau de la Gonâve, le Ministère a récemment démarré avec une expérience pilote en distribuant environs mille réchauds  Kérosène à la population avant de mettre sur pied un système photovoltaïque dans la localité dénommée « NAN KAFE » en vue de faciliter l’accès à l’énergie et réduire les pressions sur les ressources naturelles poursuit Monsieur Joseph.

Les corridors biologiques : Moyens de conservation

La mise en place du corridor biologique est une nécessité pour protéger, conserver et transformer l’environnement d’Haïti. S’il est réalisé, ce projet permettra, dans un premier temps, de protéger les écosystèmes terrestres et ceux des milieux marins. Son aboutissement favorisera aussi une anticipation sur les conséquences du changement climatique sur l‘environnement de la région.

Il est important de souligner qu’en Haïti la connectivité n'est pas l'unique réponse à la fragmentation et la dégradation des habitats naturels. La préservation de la biodiversité doit aussi être pensée en termes de quantité et de qualité des habitats naturels, via la diminution des pressions humaines sur les milieux naturels et l'accroissement des zones protégées ». A en croire les techniciens en environnement, il convient de procéder à une requalification écologique généralisée du territoire national.

 

7/7 Hebdo

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