Haïti-Société : Vaine Clairosier, omis de la société

Vendredi, 06 Janvier 2012 17:31 AL/HPN Societe & Culture - Societe
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Les personnes âgées notamment sont pour la plupart des laissés pour compte en Haïti. Haïti Press Network a rencontré à Cavaillon, Vaine Clairosier, un personnage du troisième âge.



Dans certains pays, les jeunes, les personnes handicapées, les femmes enceintes, les personnes âgées, bénéficient d'un traitement humain particulier. Cependant, en Haïti, les choses se font très souvent dans le sens contraire.



Elles sont nombreuses les personnes à avoir atteint le troisième âge qui vivent pratiquement sans secours en Haïti. Pourtant, elles ont des droits comme tout le monde. Vaine Clairosier en est un exemple vivant.



Vêtu en haillons de misère, complètement édenté, les yeux hagards, la voix nasillarde, bref, une vie misèrable s’inscrit sur le visage de Vaine. Il fait partie des milliers de personnes âgées qui vivent dans une situation de mépris par la société.



« Je m’appelle Vaine Clairosier. J’ai 60 ans. Je suis né dans la localité de Dori à proximité de Maniche (Sud). Cavaillon m’a vu grandir et développer. J’ai eu trois enfants. Maintenant, il ne me reste qu’un seul. Il a 25 ans. Il est en rhéto et vit à Saint-Louis du Sud. Les deux autres sont décédés depuis longtemps. Je n’ai plus de compagne. Je vis depuis des lustres à Cavaillon sous la protection divine et la bonne fois des âmes sensibles », confie Vaine d’une voix cassée.



Ancien agriculteur privé de son lopin de terre, Vaine est actuellement un porte-faix. C’est de ce petit métier mal vu de la société qu’il vit quotidiennement depuis de nombreuses années. Il n’a pourtant pas d’autres choix. Le sexagénaire présente l’air d’un homme encore accroché à la vie certes, mais fatigué de continuer à survivre dans une petite ville (Cavaillon) où la vie n’offre pratiquement aucune garantie presqu’à tous les points de vue. Pas même une petite pharmacie.



« Jadis, je faisais de l’agriculture. Mais aujourd’hui, c’est toute une autre histoire pour moi. Je ne survis que de mon petit métier de porte-faix. Ça, on n’a pas besoin d’aller à l’école pour l’apprendre. Souvent, je connais des jours très sombres dans ma vie. J’ai l’habitude de passer des jours sans manger.  Je ne me rappelle pas avoir mangé un seul jour à ma faim», témoigne-t-il.


À côté de sa vie obscure, Vaine est la risée des habitants de la communauté, notamment les enfants, à cause de son physique particulier. On l’appelle Dessalines pour la forme de son chapeau de paille qu’il ne laisse jamais derrière lui. Omis de la société, Vaine souhaite, avant sa mort, bénéficier de l’assistance des autorités concernées par la cause des personnes âgées.


Pas de prise en charge étatique


Contacté au téléphone, un cadre attaché au Service de communication du ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), a indiqué à HPN qu’il n’existe pas une entité au sein de l’institution chargée de la prise en charge des personnes âgées. Toutefois, a-t-il informé, le ministère dispose d’un service s’occupant des femmes et des enfants qui tient également compte des gens du troisième âge de façon informelle.



Selon le docteur Fabienne Georges, généraliste, « bien vieillir » repose sur l’équilibre de cinq piliers : finances, logement, santé, vie sociale et vie intellectuelle. Vaine ne dispose aucun de ces facteurs.



D’après la professionnelle de la santé, une personne âgée est, pour le sens commun, quelqu’un dont l’âge est avancé et qui présente les attributs physiologiques et sociaux de la vieillesse tels que la société se les représente. Pour elle, l’entrée dans la vieillesse ne se réfère à aucun âge particulier, mais à un état d’incapacité fonctionnelle éprouvé de manière subjective ou objective.



Texte et photo : Alix Laroche
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