Pétion-Ville-environnement : Les rues Grégoire et Geffrard comme dans un coupe-gorge

Lundi, 26 Mars 2012 09:29 AL/HPN Societe & Culture - Societe
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Les rues Grégoire et Geffrard (Pétion-Ville) toujours bondées de gens, à l’instar d’autres espaces de la capitale, est un marché où des métiers s’improvisent et se développent à longueur de journée. Même celui de pickpocket, a constaté Haiti Press Network.

 



« Oh ! Oh ! Oh ! Mon portefeuille, on me l’a chipé. Cela devait m’arriver quand je grimpais dans la camionnette à la rue Grégoire. Oh non ! Ce n’est pas possible. Mon téléphone a disparu aussi. Ce n’est pas juste ! C’est lorsque le sac était sur mon dos ? Sans doute. Mes contacts importants notés sur le portable ! Oh Dieu », gémit une dame, les yeux voilés de larmes et fouillant dans son sac avec frénésie. Elle venait tout juste de frayer difficilement un passage au milieu d’une bande de personnes circulant à l’intersection des rues Grégoire et Geffrard comme des déments.


Ces plaintes tombent d’abord dans un silence lourd. Puis, progressivement, la camionnette s’anime. Les passagers qui se trouvaient à bord commentent l’incident qui n’est d’ailleurs pas inédit.


Se faire voler à la capitale, presque chacun en connait un bout pour avoir été au moins une fois au centre-ville ou dans les quartiers a forte concentration de population. Un passager assis à l’extrémité intérieure de la camionnette raconte qu’on lui a piqué son portable il y a juste quelques jours ; une femme dans la rangée d’en face, son sac la semaine dernière ; et un voisin immédiat a perdu son portefeuille la veille.


« J’ai été victime par manque d’attention. Sinon j’aurais pu surprendre le vaurien et je lui aurais administré un méchant hipercut qui lui ferait se reconnaitre en enfer. Je ne badine pas ! Je bosse trop dur pour laisser à un va-nu-pieds le loisir d’en récolter les fruits », lance-t-il, l’air exacerbé.


A Pétion-ville, les rues Grégoire et Geffrard, est une zone très animée. Des centaines de marchands et marchandes offrant toutes sortes de produits y sont toujours actifs. Mais aussi des voleurs qui se faufilent dans la marée humaine. Ce coin de la commune de Pétion-Ville qui devient un véritable coupe-gorge semble échapper au contrôle de la police, notamment ceux qui assurent des patrouilles mobiles dans le cadre de l’opération « Boukle pòtopwens » lancée récemment par l’institution policière en vue de contrer les actions des malfrats.

Le vol dans les parages des rues Grégoire et Geffrard s’exerce de façon subtile. En général, les chenapans sont sur pied de guerre surtout l’après-midi et à la tombée de la nuit lorsque beaucoup de gens s’apprêtant à rentrer chez eux en même temps attendent des rares tap-tap.


Quand une camionnette s’amène c’est une véritable bousculade qui s’observe. Passagers pressés de rentrer chez eux, pickpockets, tout aussi pressés de se faire la main, s’entremêlent dans une masse humaine compacte. Sciemment, des fripons bloquent le passage donnant l’accès à l’intérieur de la camionnette. Et, dans ce « sauve qui peut » pour prendre place à bord, leurs complices accomplissent leur mission : dérober les portefeuilles, fouiller dans les sacs à main, emporter les téléphones portables et autres objets se trouvant à la portée de main maléfique.


Prenant l’air de passagers ordinaires, bien souvent, les pickpockets opèrent sans arme à feu ni arme blanche. Même s’ils sont appréhendés par la police, ils sont vite relâchés quelques heures après, faute de preuves.


L’intersection des rues Grégoire et Geffrard est un lieu où prennent corps de nouveaux métiers qui se dessinent à Port-au-Prince comme dans d’autres villes secondaires du pays. Des métiers qui trouvent un terrain favorable pour s’étendre d’aube en aube, de crépuscule en crépuscule.


C’est le cas par exemple, des « chargeurs de camionnettes ou de bus », appelés encore « Bef chenn ». Ce sont, pourrait-on dire, de véritables courtiers du transport public. Leur rôle principal est de motiver les passagers à prendre place à bord de telle ou telle camionnette, plutôt que dans une autre. Question de gagner une commission équivalente au prix de la tête d’un passager, une fois que le véhicule, est rempli.

Ils influent aussi sur le prix de la course, qu’ils fixent à la hausse. Ce qui revient à l’avantage du chauffeur mais également à leur avantage, car plus élevé est le prix de la course, plus élevée est la commission perçue. D’ailleurs, ce sont eux qui assurent la recette à la place du chauffeur. Gare à un passager nonchalant ! Nombreux sont ceux qui pratiquent aussi le métier de pickpocket. 


Chose certaine, c’est que pickpocket, chargeurs de camionnettes sont de plus en plus nombreux dans les rues et dans les stations improvisées à cause du taux élevé du chômage. Ils sont généralement en compétition pour charger tel ou tel véhicule. Des disputes entre chargeurs de camionnettes tournent parfois au vinaigre. Ils en viennent même aux mains, a constaté Haiti Press Network.

 

Alix Laroche
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