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Haïti-Société : Un dimanche dans un quartier de Martissant

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Haiti Press Network propose à son lectorat, le récit d’un moment passé un dimanche à la rue Soray à Martissant 23. Nous avons observé pendant quelques heures, une population parmi tant d’autres, qui croupit dans la misère et qui essaie sans succès quotidiennement de chatouiller la vie dans l’espoir de voir son sourire.

 

Soray, l’un des petits quartiers marginalisés de Martissant. Banlieue très surpeuplée située au sud de Port-au-Prince. Elle est tristement célèbre pour sa situation de misère noire et les conflits entre groupes armés. C’était également, rappelons-le, l’une des zones réputées de non droit de la capitale vers les années 2000-2004 où « Grenn Nan Bounda » (GNB), « les vaillants » et « Rat Pa Kaka » (RPK), « les intrépides » faisaient l’actualité.

Quoique toujours fragile, il est évident qu’une période de répit y soit constatée depuis un certain temps. La plupart des malfrats constituant ces groupes armés qui semaient la terreur dans ce quartier pauvre, sont soit partis pour l'éternité dans l'exercice de leur métier de bandit, soit derrière les barreaux, soit exilés vers on ne sait où.

Néanmoins, si un climat de paix est quelque peu rétabli à Martissant, particulièrement au quartier de Soray, la misère la plus abjecte par contre y règne toujours. Les conditions de vie dans ce quartier choquent. La Fondation connaissance et liberté (Fokal) est sur le point d’y implanter le premier jardin botanique de la place au Parc de Martissant, mais il est malheureusement entouré de constructions anarchiques dans l'un des plus vastes bidonvilles de Port-au-Prince.

Soray et la vie quotidienne

Soray. Dimanche 13 janvier 2013. Il est 11 heures 20 du matin. Dans un corridor exigu où la vie patauge dans un bassin d’obscurité, deux fillettes âgées entre 6 à 7 ans, jouent bizarrement aux billes. Un jeu généralement réservé aux petits garçons.

Cheveux complètement décoiffés et balayés par le vent, torse mal fagoté avec des habits sales comme les roues d’un véhicule badigeonnées de boue, soudain, sans aucune réflexion, l’une d’entre elles saisit une bille et la porte automatiquement  dans sa bouche, comme pour nettoyer l’objet couvert de poussière et de boue.

Brusquement, des observateurs qui constataient le scénario, font allusion à la maladie de choléra. Cette épidémie importée qui n’épargne surtout pas les gens très vulnérables qui vivent dans des endroits crasseux où les conditions les plus élémentaires d’hygiène ne sont pas réunies.

À deux pas des gamines, Ti Jacques, édenté, visiblement fourbu sous le poids de la misère, est assis sur un pan de mur fissuré, près de deux bicoques aux toitures de tôles ondulées. Une minuscule bouteille remplie de clairin « Bwa kochon » tenue à sa main gauche. Les yeux hagards, la voix nasillarde comme un zombi, il se mit tout à coup à chanter : « M pa bwè m pa sou, men m deranjeeee… » (J'ai pas bu, je suis pas ivre, mais je vais mal). Il est saoul. Il boit trop d’alcool dans le souci de noyer sa misère. Il commence à boire dès l’aube, nous apprend une dame dans le voisinage. C’est ainsi qu’il vit depuis des années. Ti Jacques promet de quitter le clairin à la tombe.

Il est aux environs d'une heure de l’après-midi. Paisiblement, des adultes sans espoir ni avenir font des va-et-vient dans ce quartier mythique, pendant que des enfants mal vêtus continuent à jouer en dépit de tout.

Un instant, l’odeur des cuissons du jour agresse un peu les narines. C’est dimanche ! De coutume, dans les quartiers moins nantis de Port-au-Prince, un effort est toujours consenti par les familles malheureuses pour cuisiner ce jour-là. Voisine Tita, un peu charitable, envoie un plat chaud à sa voisine Herlande. Les trois enfants de cette dernière vont enfin goûter quelque chose pour la journée.

Un plat on ne peut plus bien arrivé à la maisonnette d'Herlande. Les échanges de plats dans les quartiers exclus d’Haïti est une pratique très courante. « C’est un moyen de survie. Une forme d’entre-aide qui constitue une sorte d’économie de nourriture utile surtout dans des moments de disette dans certains foyers », nous laisse comprendre Darline, mère de cinq bambins privés de père.

En effet, la vie est vraiment loin de luire dans ce quartier minable de Port-au-Prince. Résistant à la misère depuis la nuit des temps dans le chômage, la honte et la tourmente, la vie des individus évoluant dans ces quartiers n’est tenue qu’à un bout de fil.

« Nous vivons par la grâce de Dieu. Notre situation vitale est très critique. Autrefois, nous vivions dans la peur d’être tués par les balles perdues d’un malfrat. Mais de nos jours, c’est plutôt la peur de mourir de faim qui nous guette », déclare Herlande à Haiti Press Network.

Haïti vit chaque jour de discours de politiciens, de promesses non tenues, de crises de toutes sortes, de paroles lancées en l’air. Pourtant, assiste les bras en croix et impuissant, un peuple sans espoir qui attend en vain le secours divin.

À bien regarder la situation de misère qui sévit dans de nombreux quartiers à Port-au-Prince particulièrement, d’aucuns estiment que si l’État ne dit pas enfin un mot, tôt ou tard, un soulèvement général est imminent dans ce pays.


Texte et photo : Alix Laroche

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