Par Dominique Batraville
Emile Ollivier,(1940-2002), écrivain, déchiré jusqu’à sa mort entre le Canada d’accueil et l’Haïti des forgerons de la liberté, avait pondu comme premier roman, Mère-solitude, un livre écrit à la première personne, où le « je» du narrateur évoque la vile caribéenne de Trou-Bordet (ancien nom de Port-au-Prince), et reconstitue l’arbre généalogique du jeune Narcès, Morelli, italianisant sublimatoire.
Conçu dans une sorte de complicité du domestique Absalon Langommier, parent d’Antoine Langommier mettant en scène le tragique dictatorial d’’-un pays pris alors dans la tourmente du Mouvement démocratique haïtien, ce texte nous parle encore à voix haute.
Plus encore, en référence à ce dernier, on peut répertorier dans la Mère-Solitude quelques trouvailles qui se rattachent à l’oralité haïtienne : « il n’est point un événement de la vie nationale qui n’ait été prédit des années auparavant par Antoine Langommier : la mort de l’empereur, l’incendie du palais, l’arrivée des blancs américains, la cascade des naissances. »
Emile Ollivier raconte tout le quotidien haïtien dans lequel se déroule l’histoire de ce Morelli : « Depuis la colonie, rien n’a changé ; le scenario est désormais classique. Le vieux vent caraïbe chargé de sel marin et d’odeur putrides mordra encore le visage des habitants. »
Ollivier prouve, en fait, qu’il connaît certains éléments de l’imaginaire antillais, qui peuvent le hisser au rang des écrivains d’Amérique latine ou d’ailleurs, forts en mythes. Déjà, des lecteurs haïtiens et étrangers consomment Mère-Solitude avec le même empressement que d’autres ont manifesté à la première sortie du roman haïtien Compère général soleil, signé Jacques Stephen Alexis.
A côté de quelques analogies avec l’écrivain Gabriel Garcia Marquez, l’écriture du romancier Emile Ollivier se rapproche surtout de celle du Caribéen Alejo Carpentier. Les amateurs de romans « tiers-mondistes» se demandent peut-être, au fond d’eux-mêmes : « A quand le prochain roman du producteur de Mère-Solitude ? Ira-t-il jusqu’au bout dans son plaisir d’écrire ? »
Autant de questions auxquelles seul Emile Ollivier doit répondre devant les feuilles blanches à noircir… »
Domininique Batraville
NB : ce texte a été publié à la sortie du livre de Olivier dans les années 80
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