Haïti-Province : Vivre comme dans un désert (Reportage)

Jeudi, 20 Décembre 2012 16:33 SFD/HPN Nouvelles - Provinces
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Alors que les autorités gouvernementales prônent le développement… sur tout le territoire national, dans des localités isolées du département du Sud-Est, des citoyens vivent dans des conditions inhumaines. Ces milliers de pères et mères de famille, courageux et soucieux, tentent, bon gré mal gré, à garder leur dignité humaine.

 

Une route totalement cahoteuse, abîmée, défoncée… traversée par des rivières qu’il faut parcourir pendant une soixantaine de minutes en voiture et beaucoup plus à pied. L’accès au véhicule à certains endroits est impossible. C’est, dit-on, comme si on se rend à l’autre bout du monde.

 

Se rendre – par n’importe quel moyen – à la localité Mangon, dans la troisième section communale Cochon Gras de Jacmel (chef lieu du département du Sud-Est) se révèle difficile, pour quiconque n’ayant pas la pratique de cette zone.

 

« Nous [les résidents] avions pris l’initiative d’aménager, en terre battue, une partie de la route conduisant jusqu’à Marbiale mais la tempête Sandy a tout détruit », confie Guirlène Eloi, une résidente de la localité.

 

« Imaginez qu’un membre de votre famille tombe malade, que vous devez vous transporter en urgence à l’hôpital avec lui dans une situation pareille », dit Monette, mère de quatre enfants, qui habite la zone depuis des dizaines d’années.

 

Pour cette éducatrice qui, à l’instar des milliers de riverains de la zone, vit dans une situation précaire, « ce sont les habitants de la localité qui paient les conséquences de l’irresponsabilité des dirigeants ».

 

Au-delà des nombreux problèmes d’infrastructures de base, notamment: sanitaire, éducatif, loisir, courant électrique; la route constitue une véritable préoccupation pour des milliers de riverains de la région ainsi que des visiteurs.

 

De la zone, les quelques rares enfants qui vont à l’école doivent marcher au minimum soixante minutes (aller/retour) pour atteindre leur établissement scolaire à Marbiale.

 


 

Dépourvue de tout

Sinon que des arbres (non fruitier pour la plupart), la localité Mangon, située à une trentaine de minutes de Marbiale et 17 km de la commune de Jacmel, est dépourvue de tout. On dirait un désert.

 

« Nous devons marcher pendant au moins une trentaine de minutes pour se procurer de tout comme la nourriture, les services sociaux (soins sanitaires). Nos enfants doivent se rendre au cœur de Marbiale ou à Jacmel pour trouver le pain de l’éducation », informe Guirlène.

 

« Il n’y a aucun moyen pour vivre décemment ici. Mais, faute d’un endroit approprié, nous sommes obligés d’y habiter. Ceux qui n’ont pas le courage pour vivre dans cette condition s’en vont vivre en République Dominicaine, en quête de mieux être », confie, pour sa part, Yves, la trentaine.

 

Ce jeune cultivateur, machette en main, se rendant dans un champ, confie : « moi je vis ici c’est parce que je n’ai pas la possibilité financière de déplacer. Sinon j’aurais du abandonner la zone comme le font d’autres jeunes pour sauver leur avenir ».

 

Et Monette de renchérir : « vivre ici (dans cette localité) c’est se condamner à vivre dans la misère ».

 

Conscients de la situation critique dans laquelle ils évoluent, les riverains – comme des membres d’une même famille – sont obligés de vivre en communauté, partageant nourriture, vêtements, etc.

 

 

Sylvestre Fils Dorcilus

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Twitter : @hpnhaiti / @sfdorcilus

Crédit Photos : Sylvestre Fils Dorcilus